Projet d’usine de recyclage de plomb à Ghlin : les riverains au Conseil d’État

Ce n’est désormais plus qu’une question de jour pour qu’ils déposent leur requête en annulation.

Le dossier est sensible et suscite son lot de réactions et de contestations. L’entreprise Envirolead entend toujours construire une usine de recyclage de plomb dans le zoning de Ghlin-Baudour. Refusé dans un premier temps, elle obtenait finalement son permis en novembre dernier auprès des ministres Tellier (Ecolo) et Borsus (MR). Le comité de riverains constitué pour s’opposer au projet n’a dès lors plus qu’une seule solution : se tourner vers le Conseil d’État.

Il ne lui reste plus que quelques jours pour le faire. D’ici ce vendredi, une demande de suspension sera officiellement introduite. “Les choses se sont accélérées ces derniers mois”, soutient Cédric Marchale, porte-parole du comité. “Lorsque nous avons appris, via un affichage, que le permis avait été octroyé, nous avons décidé de nous regrouper, d’allier nos ressources et nos finances pour contester cela. Nous avons pris un avocat et lancé les procédures.”

Cédric Marchale, porte-parole du comité de riverains opposés au projet d'usine de recyclage de plomb Envirolead.
Cédric Marchale, porte-parole du comité de riverains opposés au projet d'usine de recyclage de plomb Envirolead. ©E.B.

Aujourd’hui, les riverains voisins du site se disent au pied du mur mais n’entendent pas baisser les bras maintenant. “Soit on se bat, soit on abandonne et l’usine est construite. Pour nos enfants, leur santé et la nôtre, pour l’environnement, on ne peut pas faire autrement que de se battre. Certains chiffres, certaines données scientifiques nous démontrent toute la dangerosité du projet. Du plomb sera rejeté dans l’air, polluera les nappes phréatiques, se retrouvera dans notre environnement.”

”Nous sommes plus convaincus que jamais que cette usine ne doit pas voir le jour”

En s’installant à proximité d’un zoning industriel, les riverains avaient conscience de certains risques. “On savait ce qu’il y avait, pas ce qu’il y aurait. On sait que plusieurs usines sont classées Seveso. On a conscience que le risque zéro n’existe pas. Mais ici, il ne faut pas attendre un accident pour que le risque soit là. Il sera permanent, quotidien du fait des rejets et de l’activité même de l’usine”, ajoute Cédric Marchale.

Les explications données par l’entreprise lors des différentes réunions citoyennes n’ont pas permis d’apaiser les craintes des citoyens. “Que du contraire, en fait. Nous sommes plus convaincus que jamais que cette usine ne doit pas voir le jour. Nous ne lâcherons rien : on va se mobiliser, entreprendre différentes actions pour que tout le monde soit au courant et que pour le monde politique se réveille et nous soutienne. Il est inadmissible de soutenir un projet aussi polluant. ”

Une réunion citoyenne sera ainsi organisée le 2 février prochain au parc de Jemappes. “On espère accueillir un maximum de citoyens désireux d’en savoir plus. On fera le point sur les procédures en cours et sur ce qui nous attend. C’est un combat qui sera long car c’est pot de fer contre pot de terre. On procède par étape, en sollicitant la suspension avant une annulation pure et simple du permis unique. Tel que conçue aujourd’hui, cette usine, on n’en veut pas ! ”

Dans la région, ce dossier ne sera pas le premier à faire l’objet d’une sollicitation du conseil d’État. On évoquera deux projets majeurs ayant fait l’objet d’une mobilisation citoyenne sans faille : le dossier Clarebout à Frameries ou, dans la région du Centre (Seneffe), le projet Van Gansewinkel. “L’espoir est permis”, soutient encore le porte-parole du comité, qui invite les citoyens à rejoindre le mouvement via la page Facebook “NON à Envirolead, tous empoisonnés, tous concernés” et à financer les actions en justice (numéro de compte : BE14 0637 4956 2683).


Envirolead poursuit ses démarches

L’entreprise Envirolead a multiplié les communications et réunions d’information afin de permettre aux citoyens de prendre connaissance du projet. Aujourd’hui, elle se dit surprise par les actions entreprises par certains riverains. “Les réactions et attitudes des personnes ayant pris part aux réunions nous ont un peu fait passer l’envie de réitérer l’expérience”, admet François Hanton, responsable du projet.

“Nous souhaitions rassurer, mettre certaines choses en perspectives mais nous avons davantage fait face à des attaques basées sur des informations rarement tout à fait vraies, souvent tout à fait fausses. On a conscience que l’on ne pourra pas être soutenu par tout le monde, chacun a le droit de ne encourager ce projet. Mais nous regrettons la façon dont les choses se passent. Depuis le début, nous communiquons beaucoup. Nous ne sommes pourtant que très rarement interpellés. ”

guillement

"C'est un permis extrêmement contraignant"

Et de poursuivre : “les citoyens prennent pour argent comptant ce qu’ils disent sur les réseaux sociaux, et tant pis si c’est inexact ou imprécis. C’est dommage. Le comité n’a, jusqu’ici, pas pris contact avec nous. Le dialogue ne semble pas possible.” La suite s’organisera donc en fonction de la décision du Conseil d’État. “On attend de savoir sur quoi porte le recours mais on ne suspend pas nos démarches pour autant. On continue à avancer.”

Une construction espérée dans le courant de cette année

Les équipes techniques s’assurent ainsi que les conditions imposées par le permis pourront être strictement respectées. “C’est un permis extrêmement contraignant. La ministre Tellier l’avait d’ailleurs décrit comme très strict en matière de santé et de sécurité pour les riverains et de respect pour l’environnement. Le risque zéro n’existe pas et n’existera jamais mais nous sommes à la pointe de la technologie. On n’utilise plus des process d’il y a 15 ou 20 ans. Tout a évolué.”

Bref, aujourd’hui, Envirolead ne tente plus de convaincre. “Les personnes opposées à notre projet ne changeront pas d’avis. C’est leur droit. On verra sur quoi ça débouche.” Une fois les validations techniques obtenues, l’entreprise finalisera son cahier des charges et désignera les partenaires chargées de faire sortir de terre cette usine. Elle espère toujours pouvoir commencer la construction dans le courant de cette année.

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