Fin juillet, le conseil national de sécurité faisait machine arrière en annonçant que les spectacles pouvaient être organisés en accueillant 100 personnes à l’intérieur et 200 personnes à l’extérieur. Soit une diminution de moitié par rapport à ce qui avait décidé précédemment. Depuis, le secteur culturel, déjà en souffrance, agonise lentement.

Du côté du théâtre royal de Mons, les portes restent fermées. "Au début, on a essayé de prendre ça avec beaucoup de philosophie en se disant que les mesures évolueraient", explique Salvatore Anzalone. "Mais ce que l’on a constaté, c’est que l’on a reculé d’un pas alors que nous n’étions déjà nulle part !"

En effet, impossible pour le directeur du théâtre d’envisager n’accueillir que 100 personnes. "Ce n’est absolument pas réaliste. Pire encore, c’est totalement incohérent. Quand on voit que les parcs d’attractions et les parcs animaliers accueillent des milliers de personnes chaque jour, il y a de quoi se poser des questions. On se demande si nos ministres ont déjà franchi les portes d’un théâtre."

Des théâtres qui sont finalement naturellement organisés pour permettre le respect de la distanciation physique. "Nous pouvons disperser le public entre les parterres, le balcon, les corbeilles,… Nous disposons de plusieurs entrées et sorties, si bien qu’aucun croisement n’est nécessaire. Ajoutons à cela diverses mesures supplémentaires comme le port du masque, et nous obtenons un lieu plus sécurisé qu’un supermarché."

Si le coup de gueule est aujourd’hui nécessaire pour tenter d’éveiller les consciences, il fait suite à un constat : le secteur souffre et certains ne sortiront pas indemnes de cette crise. "Les trésoreries s’épuisent. Depuis cinq mois, nous n’avons plus une seule rentrée d’argent. Mon régisseur principal livre des pizzas pour survivre financièrement. Et l’état ne prévoit aucune aide pour nous."

Et de poursuivre : "Aujourd’hui, on nous fait croire qu’il nous est possible de travailler. C’est totalement faux. Seules quelques petites structures peuvent éventuellement se permettre de n’accueillir que 100 personnes. Elles représentent peut-être 5% du secteur. Les 95 autres % sont en difficulté. Et personne ne se soucie de notre sort, personne ne nous demande si nous avons encore de quoi survivre, de quoi nous nourrir !"

Le tableau dressé est donc bien sombre. "Personne n’est venu voir ce qu’il était possible de mettre en place dans les théâtres, dans les foires et salons. Nous n’avons aucun interlocuteur privilégié au sein du CNS pour plaider notre cause. Cinq mois après le début de la crise, nous sommes étranglés. Si la situation persiste, si aucune disposition n’est prise pour nous aider, nous nous devrons de réagir. Je ne sais pas encore comment, sous quelle forme. Mais nous ne pourrons pas nous laisser mourir sans réagir. Nous nous battons contre un virus mais pas seulement. Nous nous battons pour survivre."

À ce stade, aucune nouvelle mesure ne semble être sur la table pour permettre au secteur de relancer ses activités. La culture, visiblement, reste la grande oubliée de cette crise sanitaire et économique.