L’émotion devrait être vive ce jeudi, alors que s’ouvrira au tribunal de Mons la première audience publique relative au décès de la petite Mawda, deux ans. La fillette avait été touchée d’une balle dans la tête alors qu’elle se trouvait aux côtés de ses parents et d’autres migrants à bord d’une camionnette que la police poursuivait. Les faits s’étaient déroulés dans la nuit du 16 au 17 mai 2018 sur l’autoroute E19, à hauteur de Maisières.

Les faits, tragiques, avaient suscité une vague d’émotion et donné lieu à de nombreuses manifestations et actions de soutien aux proches de la fillette kurde. Sur le plan judiciaire, le dossier est loin d’être clos. De nombreuses auditions ont été enregistrées et pas moins de trois reconstitutions ont été organisées mais les zones d’ombre restent nombreuses. Tous espèrent désormais obtenir des réponses à leurs interrogations.

À ce stade, trois personnes sont concernées dans le cadre de ce dossier : le policier dont le tir avait atteint Mawda et qui a été inculpé d’homicide involontaire le 18 décembre dernier. Le présumé passeur et le chauffeur du véhicule, respectivement arrêtés aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, inculpés du chef de rébellion armée et d’entrave méchante à la circulation avec la mort de l’enfant pour circonstance aggravante.

Début juillet, lors d’une audience à huis clos, l’avocate des parties civiles avait tenté de convaincre la chambre du conseil de requalifier les faits en meurtre, ce qu’elle n’avait finalement pas obtenu. « Nous sommes déçus car nous sommes convaincus qu’il y a eu un tir volontaire. Nous soutenons que c’est un homicide volontaire parce qu’en tirant sur la camionnette, le policier a fait un geste potentiellement mortel, disproportionné par rapport à la fuite », avait avancé Me Ben Khelifa.

L’avocat du policier incriminé, Me Laurent Kennes, n’était quant à lui pas d’accord avec cette lecture. Il avait insisté sur le fait que son client n’avait jamais eu l’intention de tuer, son but étant de viser les pneus de la camionnette pour permettre son immobilisation. Au moment des faits, la camionnette transportait quelque 30 personnes, dont cinq enfants, venues d’Irak. La course-poursuite entre le conducteur et la police s’était étalée sur près de 60 kilomètres.

À ce jour, on ignore toujours si le policier auteur du coup de feu mortel avait reçu l’information selon laquelle la camionnette transportait de nombreux migrants. Ce jeudi, l’audience devrait attirer du monde. Le comité Mawda - Justice et Vérité et le Groupe Montois de Soutien aux Sans-Papiers espèrent en effet obtenir l’adhésion de sympathisants et du soutien face à ce qu’ils estiment être "une construction de l’impunité policière."

"Nous refusons que la qualification d’homicide involontaire serve à délivrer un permis de tuer des migrants, de considérer que le meurtre d’une enfant de moins de deux ans par la police belge soit réduit à un défaut de prévoyance, que le présumé conducteur se retrouve inculpé comme co-auteur pour blanchir le policier qui a tué Mawda et que ce policier soit jugé comme le seul et unique responsable."

Il appartient désormais à la justice de trancher.