La cour d'assises du Hainaut a auditionné, mercredi matin, les experts en santé mentale qui ont rencontré Marjorie Leclercq en prison. Selon eux, l'accusée présente une attitude plaintive et victimisante, très autocentrée. Le neuropsychiatre et le psychologue ont été désignés par le juge d'instruction pour déterminer l'état de santé mentale de l'accusée. Ils l'ont rencontrée quelques jours après son arrestation, en mars 2018. "Par rapport aux faits, j'ai eu en face de moi une personne qui était en pleine contradiction, estimant que sa place n'était pas en prison", a déclaré le neuropsychiatre. Cependant, Marjorie Leclercq n'a jamais évoqué un suicide dans le chef de la victime, comme elle l'avait déclaré tout de suite après les faits.

L'accusée a effectué une série de tests, elle ne présentait aucun retard mental, mais un résultat dans la moyenne inférieure de la population. Aucun élément dépressif majeur n'a été relevé. Néanmoins, les experts ont relevé des traits antisociaux - avec transgression et instrumentalisation d'autrui - et autocentrés, ainsi qu'une attitude plaintive et victimisante pour chaque situation.

Les experts indiquent que l'accusée montre peu de remords, mais aussi de l'indifférence et qu'elle avance des justifications après avoir volé ou maltraité autrui. Ils notent des traits de personnalité narcissique, qui correspondent à une haute estime de soi avec des limites empathiques. "Elle peut exploiter autrui dans les relations interpersonnelles afin d'arriver à ses propres fins, étant peu disposée à reconnaître ou à partager les besoins et les sentiments d'autrui". Ils évoquent encore des facteurs de risque liés à un fonctionnement de personnalité, avec un risque de récidive et des capacités de transgression sans grande considération pour autrui et une dangerosité liée à la présence de traits psychopathiques.

Marjorie Leclercq a avoué avoir volé la carte bancaire de Patricia Allemeersch et avoir vidé ses comptes, la veille de l'incendie. Par contre, elle conteste avoir bouté le feu dans la maison, parlant tantôt d'un suicide puis d'un accident. Elle est aussi en aveux d'autres vols, de faux, usage de faux et de fraudes informatiques au préjudice d'autres victimes. Ces dossiers ont été joints à cette affaire. Au moment de son arrestation, le 12 mars 2018, l'accusée ne présentait aucun antécédent judiciaire.

Un juré demande si ces faits commis avant l'incendie n'ont pas engendré un sentiment d'impunité chez l'accusée. Selon les experts, c'est possible. L'enquête a établi que l'accusée n'entretenait pas les immeubles qu'elle occupait. Selon les experts, ce n'est pas lié à une pathologie. "Elle préfère le plaisir à l'ordre".

Du côté des parties civiles, Me Ureel a soulevé une phrase prononcée par l'accusée lors de son interrogatoire lundi où elle déclarait: "je ne réfléchis pas sur le coup mais après". Selon le neuropsychiatre, son discours est rempli de contradictions et, à un moment donné, "elle se rend compte qu'elle aurait mieux fait de se taire", ponctue-t-il.