La cour d'assises du Hainaut a prononcé, vendredi, une peine de vingt ans de réclusion criminelle contre Marjorie Leclercq pour avoir bouté le feu volontairement, la nuit, à la maison de sa voisine Patricia Allemeersch. Les faits ont eu lieu le 12 novembre 2017 rue du Pont Beumier à Jemappes. L'accusée a aussi été reconnue coupable de vols, faux, usages de faux, fraudes informatiques et abus de confiance. La veille des faits, elle avait volé la carte bancaire de la victime et avait vidé ses comptes en banque. 

Après une très courte délibération, la cour d'assises du Hainaut a retenu deux circonstances atténuantes en faveur de Marjorie Leclercq: l'absence d'antécédents judiciaires et sa relative immaturité relevée par les experts en santé mentale. Dès lors, elle échappe à la peine de réclusion criminelle à perpétuité qui avait été réclamée par le ministère public. Par contre, les jurés et la cour ont estimé que la peine de cinq à dix ans, plaidée par la défense, était trop clémente compte tenu de l'extrême gravité des faits, de l'agonie subie par la victime qui avait peur du feu et des conséquences tragiques pour ses proches.

Le 12 novembre 2017, à 20h46, Marjorie Leclercq avait appelé les secours pour signaler qu'un incendie ravageait le numéro 26 de la rue du Pont Beumier. A l'intérieur, les pompiers ont découvert la corps sans vie de Patricia Allemeersch, 56 ans, ainsi que les cadavres d'un chien et d'un chat. L'affaire fut mise à l'information judiciaire. Interrogée comme témoin par la police locale, Marjorie Leclercq a raconté que sa voisine était dépressive et qu'elle avait manifesté, à plusieurs reprises, des envies suicidaires.

L'enquête a connu un premier rebondissement après les funérailles de la victime. Ses sœurs ont constaté que ses comptes en banque étaient vides, il restait 1,85 euros sur son compte à vue, alors que Patricia Allemeersch était économe. Quelques semaines avant sa mort, elle avait encore entre 5.000 et 7.000 euros sur ses comptes. Ceux-ci furent vidés le 11 novembre par Marjorie Leclercq, qui avait volé la carte bancaire de la victime.

L'affaire fut mise à l'instruction et des devoirs d'enquête ont été ordonnés à la demande du magistrat instructeur. La police a découvert que Patricia n'était pas suicidaire, car elle avait des projets, et qu'elle n'était pas dépressive. Par contre, le jour de sa mort, elle s'était plainte auprès d'amis de sa voisine qu'elle soupçonnait de commettre des vols chez elle, en son absence. La victime avait confié à l'accusée une clé pour nourrir ses animaux. Le nom de Marjorie Leclercq n'était pas inconnu de la police, elle avait fait l'objet de nombreuses plaintes pour des vols, des faux, usage de faux certificats médicaux et abus de confiance. Elle avait dérobé la carte de banque de plusieurs personnes.

Le jour des faits, elle avait aussi effectué des achats dans des commerces que la victime n'avait pas l'habitude de fréquenter et elle avait acheté un chien de race pour 1.200 euros. De plus, elle ne circulait plus en bus mais en taxi. Dans sa maison de la rue du Pont Beumier, qu'elle avait laissée dans un état déplorable, les policiers ont découvert des objets qui appartenaient à la victime. Marjorie avait cependant déménagé rue d'Havré à Mons. C'est là que les policiers l'ont privée de liberté.

Après avoir soutenu la thèse d'un suicide, Marjorie Leclercq a parlé d'un accident: la chute d'une cigarette sur du pétrole lampant, soit le combustible retrouvé sur le sol de la maison dont les enquêteurs ignoraient encore la nature. Lors du procès, la défense a contesté le caractère volontaire de l'incendie mais le jury a suivi la thèse de l'accusation et des parties civiles. C'est bien un crime qui a été commis le 12 novembre 2017 à Jemappes et il a servi à cacher plusieurs délits.