L'avocat général Pierre Hustin a requis la culpabilité de Marjorie Leclercq pour l'incendie volontaire commis le 12 novembre 2017 à la rue du Pont Beumier à Jemappes, avec la circonstance que l'incendie a causé la mort de Patricia Allemeersch et que les faits ont eu lieu la nuit. Il a également requis la culpabilité pour vols, faux, usage de faux et fraude informatique. L'avocat général a commencé par les faits les plus anciens. Le premier est un vol simple d'une carte bancaire et une fraude informatique, soit un retrait de 650 euros du compte du compagnon de l'époque de l'accusée.

Marjorie Leclercq est aussi poursuivie pour usage de faux certificats d'ordonnance, volés chez un médecin, ainsi que du vol du cachet d'une infirmière. L'accusée est en aveux. Elle est aussi poursuivie pour le vol de la carte bancaire de la victime et de l'utilisation frauduleuse de celle-ci pour l'achat de trois matelas sur internet. La victime a tout de suite soupçonné l'accusée car les effets étaient livrés chez l'accusée, laquelle vivait avec ses deux filles. Le 26 septembre 2016, un homme a déposé plainte pour le vol de son portefeuille et d'une somme de 50 euros. Il a remarqué qu'une somme de 240 euros avait été retirée à la banque, cinq jours plus tôt. Les policiers ont constaté que le retrait avait été effectué par l'accusée, qui a déclaré que l'homme était dépressif, ce qui était faux. Et puis, il y a encore eu d'autres faits similaires avant l'incendie de la rue du Pont Beumier où vivait Patricia Allemeersch.

Patricia Allemeersch © D.R.

"Patricia Allemeersch n'était pas riche mais elle était honnête", a déclaré l'avocat général au début de son réquisitoire. Le magistrat a requis la culpabilité de l'accusée en insistant sur plusieurs points. Le 9 mars 2018, les policiers perquisitionnent la maison abandonnée par Marjorie Leclercq à la rue du Pont Beumier. Ils retrouvent notamment le caméscope de Patricia dans la maison, dont la porte était verrouillée. Quatre jours plus tard, l'accusée avoue le vol du téléphone portable de Patricia. Concernant les fraudes informatiques, l'accusée est en aveux. Elle volait les extraits de compte pour camoufler ses délits. "En mettant le compte dépôt de la victime à zéro et en ne laissant qu'1,85 euros sur le compte à vue, elle a tué socialement Patricia Allemeersch. Son plaisir était d'aller boire son verre au café avec ses amis et de s'occuper de ses enfants, ses animaux", affirme l'avocat général.

Et puis, le 12 novembre, Patricia décédait chez elle, prisonnière des flammes entourant son canapé-lit. "Patricia avait des amis dans la rue, prêts à l'aider à aller à la police. On ne parle pas ici de 240 euros mais de plusieurs milliers d'euros. Marjorie Leclercq avait un mobile". Lors de sa première audition, le 12 mars 2018, Marjorie insistait sur les envies suicidaires de Patricia, comme elle l'avait fait la nuit des faits dans le voisinage. Et puis, l'accusé a multiplié les mensonges les uns après les autres, sur la manière dont elle a découvert le sinistre, sur son emploi du temps le 12 novembre, sur l'origine de l'incendie, sur une dispute avec la victime, le lancer de la bouteille de pétrole.

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L'accusation retient aussi les aveux de l'accusée chez la juge d'instruction et invite les jurés à lire son récit libre devant le magistrat instructeur. Cependant, sa thèse de l'incendie involontaire, par la chute d'une cigarette sur le sol couvert de pétrole, est contraire aux constatations des experts. Une cigarette ne peut pas provoquer un embrasement et le feu n'a pas été bouté depuis la porte d'entrée.

Comme l'a déclaré un psychiatre, l'accusée déclare parfois certaines choses et se rend compte, plus tard, qu'elle aurait mieux fait de se taire. Le lendemain des faits, l'expert incendie se doute qu'un liquide inflammable a été utilisé mais il en ignore la nature. Le 13 mars, l'accusée évoque une bouteille de pétrole, elle est seule à le savoir. Les expertises ont confirmé qu'il s'agissait d'un pétrole lampant. Enfin, Marjorie Leclercq es accusée du vol d'une carte bancaire chez une dame, un mois avant son arrestation. C'était en février 2018. L'avocat général a demandé aux jurés de répondre "oui" à toutes les questions.

Pour la défense, l'accusée n'a été qu'une lanceuse d'alerte "qui a sauvé d'autres vies"

La défense de Marjorie Leclercq a demandé aux jurés de prononcer la culpabilité de l'accusée pour les vols, les fraudes informatiques mais pas pour l'incendie. "C'est une menteuse, une voleuse mais pas une tueuse!", a soutenu Me Fabian Lauvaux. "Les parties civiles vous ont parlé d'un puzzle, représentant la tour Eiffel, qui manquait des pièces. Je ne vois que des trous dans ce puzzle", a ajouté Me Ornella Ciccarone. "Il manque des pièces au puzzle et on en a mis d'autres, on a forcé la victime à boire, on est allé chercher du pétrole. Mais cela sort d'où, tout ça ? L'imagination n'est pas une preuve!", a renchéri l'avocat.

La piste criminelle de l'incendie a été écartée par la défense. "Aucun expert ne parle de cercle autour du lit pliant, dont seule la tête a été brûlée. Ce cercle de feu est une invention pure et simple", a plaidé Me Ciccarrone. Me Lauvaux ajoute que le corps a été retrouvé près de la cuisine, en dehors du cercle de feu "imaginé" par l'accusation. La défense note que l'accusée n'a pas souffert de brûlures alors qu'un expert a déclaré que, si le feu avait été bouté avec un briquet, elle aurait été brûlée aux mains. "Elle n'avait aucune trace de suie sur elle, ni aucune trace de pétrole." Les avocats regrettent que d'autres pistes n'aient pas été exploitées par les enquêteurs. "Il y avait des hypothèses alternatives mais elles n'ont pas été exploitées." Pour eux, Marjorie Leclercq n'a été qu'une lanceuse d'alerte "qui a sauvé d'autres vies" le soir du 12 novembre 2017.

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Me Fabian Lauvaux a demandé aux jurés de condamner sa cliente pour les vols et pour les fraudes informatiques, mais pas pour l'incendie. Il a encore critiqué l'enquête "menée plus à charge qu'à décharge" et regrette que la présomption d'innocence de l'accusée a été à ce point bafouée par les enquêteurs. "A aucun moment, Marjorie Leclercq n'a admis avoir bouté le feu volontairement. Rien ne démontre qu'elle a procédé à des actes préparatifs. L'a-t-on vu entrer dans la maison avec un bidon ? Non, personne. L'a-t-on entendu proférer des menaces contre Patricia ? Non, plus", insiste l'avocat. Il ajoute que sa cliente n'est pas la première à parler du pétrole lampant, le combustible retrouvé sur les lieux de l'incendie. Pour sa défense, Marjorie n'a fait que répéter cette information "reçue d'un policier".

L'accusée est détenue depuis le mois de mars 2018, alors qu'elle avait obtenu une surveillance électronique devant la chambre du conseil en décembre 2019. Le parquet avait cependant fait appel de cette décision. Son fils, également suspecté, avait bénéficié d'un non-lieu. Pour la défense, le jeune homme n'est pas aussi innocent qu'il en a l'air mais le parquet n'a pas souhaité le poursuivre, malgré onze arguments développés par les avocats de sa maman.

Enfin, ces derniers relèvent que la victime, le jour des faits, avait raconté à un ami qu'elle avait tenté de mettre fin à ses jours pour rejoindre son compagnon, décédé au début du mois de septembre 2017. Après les répliques, qui auront lieu en début d'après-midi, le jury partira débattre de la culpabilité de l'accusée.

Après les répliques, qui auront lieu en début d'après-midi, le jury partira débattre de la culpabilité de l'accusée.