2020 s’est révélée cauchemardesque pour le secteur culturel. Confiné depuis pratiquement dix mois, ce dernier aspire à des jours meilleurs mais reste lucide : les premiers mois de 2021 ne devraient pas apporter l’éclaircie tant attendue. Salvatore Anzalone, grand patron du théâtre royal de Mons, refuse d’ailleurs de se voiler la face et de jouer une nouvelle fois le jeu des reports. Conséquence, pratiquement aucun spectacle ne sera organisé avant septembre 2021.

"C’est une façon d’éviter les reports incessants", confirme le Montois. "Nous avons reporté jusqu’à 150 spectacles, parfois deux ou trois fois. Nous ne voulons plus nous inscrire dans ce schéma-là. Si des prestations sont planifiées avant le mois de septembre 2021, c’est soit parce qu’ils sont prévus dans le cadre d’une tournée qui s’arrêtera avant, soit parce qu’aucune date de report n’a encore été trouvée."

Le lancement de la campagne de vaccination est perçu comme positif, par Salvatore Anzalone. "Nous espérons que le vaccin nous permettra une reprise à 100%. Mais nous restons suspendus aux décisions des autorités. Dans le secteur, nous parlons beaucoup entre nous. Certains ont pris la même décision que nous, d’autres ont encore l’envie d’y croire. C’est compréhensible, d’autant plus que notre activité dépend aussi de ce qu’il se passe ailleurs, en France notamment."

Si nos voisins espèrent toujours amorcer un déconfinement le 7 janvier prochain, la Belgique ne devrait pas emboiter le pas. "En tout cas, nous ne rouvrirons pas avec une jauge de seulement 200 personnes comme cela avait été proposé. C’est une décision difficile mais nous préférons attendre et reprendre totalement. Même si nous avons le sentiment de ne pas être soutenus par l’État et que certaines décisions nous dépassent totalement."

Et de poursuivre : "Nous sommes fermés depuis plus de neuf mois, nous acceptons d’assumer nos responsabilités. Mais lorsque l’on voit un aéroport bondé, des centres commerciaux qui brassent des milliers de personnes par jour alors que l’on nous empêche de travailler… Par définition, nous sommes des organisateurs et dans un théâtre, il est totalement possible de prendre des mesures de distanciation, d’offrir une entrée et une sortie différenciée. Mais cela ne suffit visiblement pas."

Salvatore Anzalone ne s’en cache pas, cette prolongation du confinement est difficile à vivre. "Le matin, on se demande pourquoi on se lève, pourquoi on s’habille. Personnellement, je me force à le faire pour ne pas tomber dans une forme de laisser-aller, mais ce n’est pas évident."

Deux ans pour reconstituer la trésorerie 

Si le moral est dans les chaussettes, les caisses du théâtre royal de Mons font elles aussi grises mines. "Chiffrer l’impact de la crise est compliqué car il faut prendre en compte les rentrées liées aux spectacles, les dépenses liées à leur organisation et les charges fixes", détaille Salvatore Anzalone."En période de crise, notre chiffre d’affaires et nos charges diminuent, alors que nos charges fixes restent les mêmes. Pour les honorer, nous avons dû piocher dans notre trésorerie." 

Une trésorerie importante puisqu’elle doit permettre le paiement des acomptes d’une saison complète, mais qui ne se renouvelle que grâce aux prestations. Ce qui n’a pas été possible depuis dix mois. Le tableau n’est donc pas réjouissant. "Lorsque nous allons recommencer à programmer, nous paierons de nouveaux acomptes, sans pour autant profiter immédiatement de nouvelles rentrées. Sur base de ce constat, on peut dire qu’il faudra attendre fin 2022-début 2023 pour retrouver une trésorerie correcte et donc travailler sereinement."

L’impact de la crise ne se fera donc pas sentir en 2021 mais bien à moyen terme.