Apiculteur dans les Hauts-Pays, Philippe Lambert neutralise les nids de frelons asiatiques: "Il est déjà trop tard pour éviter l'invasion"

Pour l'expert, il est pourtant primordial de freiner cette invasion et ses conséquences dramatiques sur nos abeilles.

Apiculteur dans les Hauts-Pays, Philippe Lambert neutralise les nids de frelons asiatiques: "Il est déjà trop tard pour éviter l'invasion"
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Difficile pour Philippe Lambert d’être partout. Le travail ne manque pourtant pas, que du contraire. Cette année, plus encore que les précédentes, les nids de frelons asiatiques sont nombreux. Procéder à leur destruction est primordial tant les dégâts causés par cet insecte exotique sont nombreux et irréversibles. Pour l’apiculteur, les conséquences de sa présence chez nous pourraient d’ailleurs être dramatiques.

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Apiculteur depuis quatre générations, Philippe Lambert est un véritable expert dans son domaine. En 2012, alors que le frelon asiatique n'était pas encore installé chez nous, il alertait ses pairs lors d'une première conférence. "Certains en riaient, estimant qu'il était encore loin et qu'il ne viendrait pas jusqu'en Belgique", se souvient-il. "Il y a cinq ans, une fondatrice est arrivée via un train de marchandises. Un premier signalement était alors donné."

Chaque nid pouvant émettre jusqu'à 500 fondatrices, l'invasion était en marche. "La quantité de colonies est multipliées par dix chaque année. Leur nombre est exponentiel et il est déjà trop tard pour s'attaquer au problème. Cela fait plusieurs années que des mesures drastiques auraient dû être prises par la Région wallonne."L'année 2022 est particulièrement chargée pour l'apiculteur, qui rayonne dans toute la région de Mons-Borinage et au-delà pour détruire des nids.

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"Ils sont encore peu visibles, et pourtant, ils sont bien là, en hauteur, dans la cime des arbres notamment. À Mons, j’en ai détruit un fondé dans une haie. Je l’ai autopsié et il apparaîtclair qu’il s’agissait d’un élevage de reines. S’ils ne sont pas détruits dans les règles de l’art, les nids sont reconstruits ailleurs et on passe totalement à côté de l’objectif. Il est crucial de faire appel à un expert. Il en va de la responsabilité de chacun."

La biodiversité en danger

Sans volonté d'être alarmiste, Philippe Lambert ne cache pas son inquiétude. "Le frelon asiatique est un super-prédateur, il n'a pas de prédateur connu chez nous. Il massacre une ruche en trois ou quatre heures, maximum. Une autre espèce, déjà présente aux États-Unis, devrait arriver chez nous prochainement. Là, 30 minutes suffisent pour détruire une ruche. Les frelons ne s'attaquent pas uniquement aux abeilles. Les mouches, les papillons,… Tout y passe."

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On connait le rôle majeur joué par les abeilles. Sans elles, c'est tout un écosystème qui risque de s'effondrer. "En plus de tuer nos abeilles, les frelons se nourrissent aussi de nos fruits, dont elles pompent le liquide. Non-contents de faire disparaîtrenos pollinisateurs, les frelons s'attaquent donc aussi aux récoltes. La situation est catastrophique mais personne ne semble en prendre la mesure. Les apiculteurs sont quant à eux livrés à eux-mêmes."

"Il est déjà trop tard mais personne n’en a conscience"

Désormais équipé de drones, Philippe Lambert s'est spécialisé dans la destruction de ces nids de frelons. "C'est du matériel qui coûte très cher mais je me suis passionné par cette thématique. J'essaie de la prendre à bras le corps car on touche le fond. Il est déjà trop tard mais personne n'en a conscience", insiste-t-il. "La Région wallonne a décidé de lancer un marché public pour désigner une entreprise chargée de la destruction de ces nids. Elle est seule, pour des centaines de nids."

Pour l'apiculteur, il s'agit d'un non-sens. "L'entreprise connait mes prix et a baissé les siens de quelques euros pour emporter le marché, à savoir quatre lots : elle doit donc intervenir en Hainaut, en province de Namur et dans le Brabant. Le problème, c'est qu'elle ne parviendra pas à faire face à la demande. Conséquence, de trop nombreux nids ne seront pas détruits et l'invasion va se poursuivre."

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Aujourd'hui, les personnes qui signalent les nids sont invitées à payer l'apiculteur qui procède à la destruction. "De trop nombreuses personnes ne sont pas prêtes à payer cela de leur poche. Pour ma part, je demande le même prix que pour la destruction d'un nid de guêpe : c'est bien insuffisant et cela ne me permet ni d'en vivre, ni de rentabiliser mon matériel. Mais c'est nécessaire. En revanche, il faut que les pouvoirs publics fassent leur part."

Par exemple en proposant quelques incitants. "Pourquoi pas via l'octroi d'une petite prime ? C'est le cas en France et on constate que les signalements sont plus nombreux. On ne parle pas de centaines d'euros. Un rouleau de sacs-poubelles offert, par exemple, pourrait probablement faire l'affaire !"À Honnelles, la commune a récemment pris à sa charge la destruction de deux nids. Preuve que la volonté est là.

Pour le reste, un travail de pédagogie doit être initié afin de permettre à chacun d’identifier les nids de frelons asiatiques. Aujourd’hui, ce sont majoritairement des promeneurs qui effectuent les signalements auprès du Ruchers du Haut-Pays. Mais Philippe Lambert ne dispose pas encore du don d'ubiquité...

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