36 logements sociaux deviennent des logements à loyer d'équilibre à Saint-Ghislain: "on n'est plus du tout dans le social !"

Pour le chef de file de l'opposition, Pascal Baurain, cette décision est purement scandaleuse car elle diminue encore l'offre de logements sociaux disponibles.

E. Brl.
36 logements sociaux deviennent des logements à loyer d'équilibre à Saint-Ghislain: "on n'est plus du tout dans le social !"
©D.R. : L'un des logements lors de la rénovation

Le Logis Saint-Ghislainois perdrait-il sa vocation sociale ? C’est l’avis de certains membres de l’opposition Osons!, qui dénoncent la transformation de 36 logements sociaux de la Deuxième rue en logements à loyer d’équilibre. « Comment en est-on arrivé là alors que l’on sait qu’en Wallonie, des dizaines de milliers de personnes attendent l’attribution d’un logement social ? », questionne Pascal Baurain, chef de file de l’opposition.

Pour ce dernier, ce sont plusieurs années de tergiversations qui ont débouché sur cette décision. En 2013 en effet, le Logis avait décidé de vendre 50 de ses logements car leur rénovation pour une mise aux normes aurait été trop coûteuse. Les montants dégagés auraient alors permis la rénovation et l’isolation de logements plus récents, à moindre coût. Cette vente n’a finalement jamais été conclue, le Logis optant pour la rénovation de 36 logements et la vente de 14 autres.

"En 2018, un subside conséquent est octroyé par la Région wallonne pour le projet, à condition que le chantier entre dans un programme de déconstruction-reconstruction, permettant la construction de logements neufs répondant aux normes les plus récentes en matière d'isolation et de consommation zéro énergie", rappelle Pascal Baurain. "Le Logis a négligé cette opportunité de subsidiation, optant plutôt, en 2020, pour un marché de rénovation lourde, dont le coût a été estimé à 85 000 euros par logement. Un subside de 16 000 était annoncé dans la foulée."

Et de poursuivre : "Après attribution du marché, le Logis découvrait des problèmes de stabilité, si bien que le coût des travaux a été revu et estimé à 140 000 euros par logement. Le subside ne pouvant couvrir que 60 000 euros par logement, le solde devait être pris en charge par le Logis, et donc le contribuable, auprès de la Société Wallonne du Logement (SWL). Au bout de dix ans de tergiversations, les bâtiments se sont dégradés et les loyers d'une cinquantaine de logements ont été perdus. Et ce alors que certains locataires voient leur facture d'énergie dépasser le montant du loyer !"

Avec la transformation de logement social en logement à loyer d'équilibre, le Logis entend en réalité remettre de l'argent dans ses caisses. "On passera alors sur un loyer de 700 euros", confirme Patrick Danneaux (PS), président du Logis. "On n'est plus dans le social, c'est certain. Mais cela permet de cibler un autre public et d'instaurer une mixité sociale. Les logements de la Deuxième rue sont idéalement situés. Ils sont à deux pas du centre-ville, de la gare, des commerces,…"

Le président ne cache donc pas sa volonté de changer la vocation de certains logements. "Le dossier est constitué et devra être transmis à la Société wallonne du Logement mais nous devrions obtenir une réponse favorable. On n'ira pas plus loin, ce sont les seuls logements qui seront proposés en loyer d'équilibre. Tous les autres garderont leur vocation sociale. Et si nous constatons qu'il n'y a pas de public pour la location de ce genre de bien, nous ferons marche arrière. On n'aurait tort de ne pas tenter la chose."

Quatre logements du côté Tertre ont déjà été proposés à la location pour montants de loyers plus élevés, de l'ordre de 500 euros. "Ça a bien fonctionné et les locataires sont toujours dedans, ils considèrent qu'il s'agit de leur bien", ajoute Patrick Danneaux… Qui précise encore que les représentants du groupe Osons! ont soutenu la proposition au Conseil d'administration du Logis Saint-Ghislainois.

Un mécanisme encouragé par le Gouvernement wallon

Le Logis Saint-Ghislainois précise encore que les logements à loyer d'équilibre s'intègrent dans un mécanisme soutenu par le Gouvernement wallon afin de permettre aux sociétés de logements d'atteindre un équilibre financier. "Le gouvernement doit encore se positionner sur cette proposition du C A du Logis", précise encore le président. Parallèlement, le Logis a attribué un marché de travaux de remise en état locatif de 120 logements inoccupés, "ce qui augmentera fortement l'offre", et vient de déposer une demande de permis pour la construction de 24 logements à la 11e rue. Le chantier de dix nouveaux logements à Sirault est quant à lui attribué et sera lancé sous peu.

"En 2014, Osons! voulait déconstruire les 50 logements de la Deuxième rue et céder le terrain à un investisseur privé ! Le gouvernement a validé le plan de rénovation pour 36 logements de la rue." Le solde des travaux, non-couverts par le montant des subsides, a été financé "par la trésorerie du Logis sous forme de prêts auprès de la Société wallonne du logement et non via une taxe mettant à mal le citoyen."

Des propos qui font bondir les actuels membres du groupe Osons!, qui rappelle qu'en 2014, c'est bien l'ensemble du Conseil d'administration - et donc tant la majorité que l'opposition - qui avait approuvé la démolition des habitations pour reconstruire à neuf. "Il est faux de dire que sans notre groupe, les choses auraient été plus vite. Nous aurions préféré construire à neuf pour proposer des logements basse énergie. Nous n'étions pas favorables à la rénovation, extrêmement lourde et coûteuse, mais il s'agit des choix posés par la majorité, qui a préféré balayer les premiers choix posés au sein du C.A.", insiste Guy Leloux, membre du C.A. Ce dernier confirme par ailleurs que la proposition de passer en loyers d'équilibre a été voté à l'unanimité. "Nous étions au pied du mur. Que pouvions-nous faire d'autre?"

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