Borinage

Pour l'avocat, les jurés ne peuvent pas prononcer une culpabilité sur la base des déclarations contradictoires de Franz Pottiez et de Loïc Harvengt.

Me Ricardo Bruno et Me Henry Van Malleghem ont plaidé, lundi devant la cour d'assises du Hainaut, l'acquittement de Brondon Kempfer, 22 ans, pour le vol avec meurtre commis à Roisin, la nuit du 20 au 21 octobre 2016. Pour l'avocat, les jurés ne peuvent pas prononcer une culpabilité sur la base des déclarations contradictoires de Franz Pottiez et de Loïc Harvengt. "Ces deux personnes ont tendance à reporter sur autrui leur responsabilité, c'est établi par l'expertise en santé mentale", a insisté Me Bruno qui a mis en exergue de nombreuses déclarations contradictoires de Franz Pottiez et de Loïc Harvengt lors de l'enquête. "On ne peut pas se baser sur les déclarations d'un co-accusé, il faut des éléments matériels et objectifs", a ajouté l'avocat.

Ce dernier est aussi revenu sur une autre affaire, pas encore jugée. Brondon Kempfer a été renvoyé devant le tribunal correctionnel du Hainaut, division de Mons, pour des coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. En juin 2014, un serveur d'un café avait été passé à tabac sur la Grand-Place de Mons par plusieurs jeunes. Il est mort quelques jours plus tard. Parmi ces jeunes, il y avait Brondon et Torino Dubois, lequel sera jugé pour non-assistance à personne en danger.

"Brondon n'a pas encore été jugé et il reste présummé innocent. Cette affaire est présentée comme un épouvantail lors de ce procès", a déclaré l'avocat qui cite Voltaire: "Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent".

Me Henry Van Malleghem est revenu sur l'analyse de téléphonie. "Il n'y a eu aucune contre-stratégie criminelle", a affirmé l'avocat, répondant aussi aux enquêteurs qui avaient développé toutes les astuces du milieu criminel pour brouiller les pistes. "Son téléphone n'active jamais la borne de Roisin la nuit des faits".

L'avocat ne croit guère à un debriefing dans une discothèque à Jemappes, quelques heures après le crime de Roisin, où se trouvaient Torino Dubois, Brondon Kempfer et Josué Krier. Le but, selon Pottiez et Harvengt, était d'aller rechercher la camionnette rouge, dans laquelle se trouvaient les cigarettes volées, cachée dans le garage de Thomas Audin, voisin des Libiez.

Il a développé plusieurs réflexions à ce sujet. Pourquoi échange-t-il des SMS alors qu'ils sont censés être ensemble dans la discothèque? Pour quelle raison a-t-on besoin de se revoir dans une discothèque pour discuter? Pourquoi retourner sur une scène de crime alors que la police est là en nombre?

Il est difficile d'identifier les modèles des deux voitures, filmées la nuit des faits en direction de Roisin, à 4h43, aux Quatre pavés de Frameries, a encore relevé l'avocat. "Loïc Harvengt a dit, dans l'une de ses déclarations, qu'ils étaient retournés avec une seule voiture, la Renault Clio de Franz Pottiez."

Me Van Malleghem rappelle que son client a été acquitté récemment pour des vols et qu'il n'a pas été poursuivi pour un vol à Ciney, le 31 octobre 2016. Une perquisition menée chez la maman de son client fut aussi négative. Par contre, lors de la perquisition menée chez le papa à Ghlin, du sang a été retrouvé sur les semelles d'une paire de chaussures. L'expertise ADN n'a pas matché avec le sang relevé sur la scène de crime.

Me Van Malleghem soutient également que la description des auteurs, selon les victimes, ne correspond pas aux trois gitans. La mère Libiez dit avoir reconnu un accent du nord de la France. "Et puis, Loïc Harvengt a parlé d'un Français mesurant de 1m90 dans une audition. Je n'en tire aucun argument mais on parle plusieurs fois de cette histoire dans le dossier".

Les victimes ont décrit le porteur du calibre 7.65, donc l'auteur du crime, comme étant un individu "grand et mince", alors que Brondon était plutôt gros et petit à l'époque. Cependant, selon le ministère public, c'est lui qui a tiré le coup de feu qui a tué Jean-Claude Libiez.

Enfin, Me Van Malleghem est revenu sur l'alibi des trois gitans, qui prétendent avoir commis cette nuit-là un vol à Soignies. "Quand il s'explique, lors de sa première audition, personne à la police ne le croit. Le 29 mars 2017, on apprend effectivement qu'un vol a été commis à Soignies".

Brondon Kempfer est détenu préventivement depuis 32 mois pour ce crime qu'il conteste. Pour sa défense, on est loin du truand dépeint par l'accusation. "Ce n'est pas un enfant de choeur mais ce n'est pas une crapule non plus", a conclu Me Van Malleghem.