Parmi les films de la compétition internationale du Festival de Mons, on retrouve le second long-métrage de Naël Marandin, La Terre des hommes . Diane Rouxel y campe Constance, la fille d'un agriculteur. Elle tente de sauver la ferme familiale avec son fiancé. Mais pour y parvenir, il faut pouvoir se développer dans un univers dominé par les grands exploitants. Constance obtient le soutien de l'un d'eux, mais se retrouve victime de son désir.

À travers ce second long-métrage, Naël Marandin explore sous diverses facettes un thème qui lui est cher, celui de la domination. Et c'est dans un marché aux bestiaux que l'idée du film a germé, il y a une petite dizaine d'années. " C'est un lieu fascinant à plein d'égards, notamment par sa théâtralité et les rapports de force qui s'y jouent. Les acheteurs sont autour d'une espèce de ring de boxe au milieu duquel on trouve la bête. Au-dessus, il y a les vendeurs qui s'agitent. C'est impressionnant ", explique Naël Marandin. " J'ai aussi été marqué par le côté entièrement masculin de l'endroit. Ça m'interroge. Et ça arrive au moment où je me rends compte que la plupart des femmes autour de moi me confient des expériences de viol, d'agressions sexuelles ou de relations subies. Ça m'a vraiment interpellé et ça m'a donné envie de travailler ces questions-là. Je me suis toujours intéressé à la manière dont les rapports inégaux se prolongeaient dans les rapports de corps et désirs."

Quand le réalisateur français se met en tête de faire ce film, nous sommes avant la période "me too". Et les portes sont loin de s'ouvrir. " Quand on a commencé à chercher des financeurs sur base du scénario, c'était avant l'affaire Weinstein, et les réactions étaient très dures. On me disait ne pas comprendre l'intérêt de l'histoire ni de quoi se plaignait l'héroïne ", poursuit Naël Marandin. "Quelqu'un m'a même dit que cela arrivait dans la vie, que ça se passait par pertes et profits! C'était terrible, car ces retours étaient finalement les raisons pour lesquelles il fallait faire ce film. Après, l'affaire Weinstein et le mouvement "me too" ont changé les regards sur le scénario et ont permis de faire le film."

Des portes se sont ouvertes par la suite, mais à la dernière minute, faute de budget suffisant, Naël Marandin se voyait contraint d'annuler le tournage. Il avait pourtant bossé sur ce film pendant plusieurs années, rencontrant de nombreux éleveurs pour plonger dans leur univers. C'est finalement l'arrivée d'Olivier Gourmet, séduit par le scénario, qui va débloquer les choses. "On n'avait pas assez d'argent avec mon producteur. On avait fait le deuil du film. Mais l'arrivée d'Olivier nous a permis de retourner voir les financeurs, de continuer à nous battre et d'arracher le morceau pour pouvoir aller au bout du film" , souligne Naël Marandin. Olivier Gourmet n'aura pas fait seulement profiter de sa célébrité. Fils d'agriculteurs, il campe le rôle du père de Constance avec une infinie justesse.

Étrange destin donc que cette Terre des hommes qui a failli ne pas voir le jour et qui doit en quelque sort son salut à l'affaire Weinstein et l'arrivée in extremis d'Olivier Gourmet. Naël Marandin nous le confie, il est plus facile de faire un premier film, car on bénéficie alors de nombreuses aides pour se lancer. Mais passé ce cap, on se retrouve propulsé dans la cour des grands, seul. Il faut se débrouiller. Heureusement, le réalisateur a pu surmonter les obstacles pour boucler ce second long-métrage. Et il travaille déjà au troisième. "Ce sera à la fois très différent, tout en y retrouvant mes obsessions. C'est l'histoire d'une jeune femme qui part à la montagne dans le chalet de son compagnon. Ce dernier disparait après une randonnée. On se demande alors s'il a eu un accident ou s'il a disparu volontairement. Ces questions vont faire tomber l'héroïne dans des vertiges d'incertitude qui vont l'emmener très loin. "