Ils en ont gros sur la patate et ils comptent le faire savoir. Le 18 avril prochain, dans le cadre de la journée internationale des luttes paysannes, des citoyens se réuniront et manifesteront contre le projet de l’industrie Clarebout, qui souhaite se développer à Frameries en construisant une vaste usine de frites surgelées. Régulièrement épinglé (dernièrement dans le reportage Investigation de la RTBF), le géant de la pomme de terre n’est cependant pas le bienvenu. Citoyens et autorités politiques locales le lui font savoir depuis maintenant près de deux ans.

En Belgique, la pomme de terre, on la consomme presque quotidiennement. En frites, en stoemp, en purée, en croquettes ou rissolées, elles s’invitent dans nos assiettes sans que l’on ne se pose forcément la question de leur provenance et de leur culture. Et pourtant, les dérives sont nombreuses. C’est pour mettre cette réalité sous les projecteurs que le réseau de soutien à l’agriculture paysanne (ReSAP) mènera des actions à Frameries dans les prochains jours.

"Notre objectif ne se limite pas à la sensibilisation, il y a une vraie volonté de faire bouger les choses, tant au niveau local qu’au niveau global", explique Damien Charles, porte-parole du ReSAP. "La date du 17 avril est symbolique, elle n’a pas été choisie au hasard. Elle commémore un massacre perpétré au Brésil en 1996 contre des paysans qui revendiquaient des droits pour leur communauté. Depuis, à travers le monde, nous tentons de mettre en lumière les enjeux dont nous parlons."

Car la culture de la pomme de terre, lorsqu’elle est organisée à grande échelle, a des conséquences catastrophiques. Sur la terre exploitée bien sûr, mais pas seulement. "En Amérique latine par exemple, les producteurs ne parviennent pas à concurrencer l’importation de nos produits surgelés, alors qu’ils sont à l’origine de la culture de la patate. Ils sont exportés à très bas prix et mettent en péril l’économie d’un pays, la survie des cultivateurs."

Pour le ReSAP, le groupe Clarebout incarne ces dérives. "C’est tout l’inverse de l’agriculture locale, responsable et raisonnée que l’on prône. Ça avait donc du sens de venir soutenir le collectif citoyen et de mener notre action à Frameries. Ce que l’on veut dire, c’est que cette usine, on n’en veut pas : ni à Frameries, ni en Belgique, ni ailleurs. Il n’est pas question de refiler la patate chaude à quelqu’un d’autre. Ce projet est catastrophique à bien des égards, il ne peut pas voir le jour."

Concrètement, la journée sera organisée dans le respect des mesures sanitaires en vigueur. Seules 50 personnes (sur inscription) pourront être physiquement présentes et ainsi participer, par exemple, à la plantation de patates biologiques sur des terres rachetées par le monde industriel. Des ateliers, des "jeux patatistes", des rencontres seront aussi proposés en ligne afin de permettre à chacun de prendre part à cette journée de mobilisation.