À Frameries, les riverains anti-Clarebout attendaient avec impatience la position du ministre wallon de l’Aménagement du Territoire Willy Borsus quant aux procédures lancées par la commune. Celles-ci étaient une demande de changement d’affection au plan de secteur et une procédure de Schéma d’Orientation Local (SOL) du périmètre Donnaire. Objectif : empêcher Clarebout d’implanter une gigantesque usine à frites à proximité immédiate d’habitations.

Après analyse du dossier, le ministre conclut que “la nécessité de procéder à la révision du plan de secteur sollicitée n’est pas démontrée.” Si les riverains seront déçus de l’apprendre, la commune de Frameries n’est pas surprise : elle savait que la demande sur son territoire pour des terrains en zone d’activité industrielle est bien plus élevée que pour des terrains en zone d’activité mixte. “Faire droit à la demande serait de nature à renforcer le déséquilibre dans la région Mons-Borinage entre une offre en zone d’activité économique mixte excédentaire et des demandes majoritairement en zone d’activité économique industrielle”, argumente le ministre. De plus, “l’activité d’entreprises installées sur le périmètre soumis à révision deviendrait incompatible avec une affectation en zone mixte.”

Veiller à l’intégration paysagère du zoning

Par contre, le ministre a bien approuvé la procédure de Schéma d’Orientation Local (SOL). “C’est une procédure où le ministre autorise la commune à limiter le type d’activités sur un périmètre en fonction de critères majoritairement paysagers et urbanistiques”, résume Florence Van Hout, première échevine. L’objectif du SOL Donaire est de développer le parc d’activité “en veillant à son intégration paysagère et urbanistique au regard du contexte environnant et plus particulièrement des quartiers habités situés à l’ouest”, rappelle le ministre Borsus.

Concrètement, le SOL du périmètre Donaire imposera une limitation des gabarits des bâtiments et de la taille des parcelles, l’aménagement d’une zone verte tampon de 60 m de large entre la zone d’activité économique et le quartier… “Ce SOL, en fixant des objectifs d’aménagement du territoire et d’urbanisme propres à cette zone d’activité économique industrielle (et compatibles avec celle-ci) peut permettre une intégration des entreprises en harmonie avec les fonctions environnantes.”

En conclusion, si le périmètre Donaire est toujours dédié à l’industrie, les conditions urbanistiques qui s’y imposeront désormais rendent l’implantation de Clarebout, qui rêvait d’une usine géante de 16 ha avec des cheminées de 60 m de haut, impossibles. “Ce SOL permet de protéger la zone dans la durée, il n’y a pas que Clarebout, d’autres types d’activités peuvent être nuisibles”, précise Florence Van Hout. De son côté, le bourgmestre Jean-Marc Dupont se réjouit de la décision du ministre et de l’aboutissement de la procédure initiée par la commune.

Quant au collectif “La Nature Sans Friture”, qui lutte avec acharnement depuis trois ans pour empêcher l’implantation de cette usine, il se félicite également. “La victoire aurait pu être plus belle si le changement d’affectation du plan de secteur avait été accepté, cela nous aurait complètement débarrassés du problème”, réagit Florence Defourny. “Mais ça reste une victoire. Le SOL, sur le papier, permet de protéger les riverains. Dès lors, nous resterons vigilants à son application.”


A qui la patate chaude ?

Du côté du MR Mons-Borinage, on estime que le ministre Borsus a “trouvé l’équilibre” et on se félicite que les 24 hectares du “Donaire” n’accueilleront des entreprises “qu’en stricte harmonie avec les fonctions environnantes.” Par contre, les libéraux sont loin de jeter Clarebout avec l’huile de friture. Et encourage l’IDEA “à chercher un autre site, bien plus adapté, pour accueillir ce projet de l’entreprise Clarebout”, estimant que la région “a bien besoin” d’initiatives pourvoyeuses d’emploi.

L’intercommunale avait déjà été sollicitée sur ce point, sa directrice générale ayant été mandatée en 2019 par le conseil d’administration pour chercher des sites alternatifs. Verra-t-on le projet refaire son apparition dans un zoning dédié à l’agroalimentaire, comme à Manage ou Seneffe ? Si tel devait être le cas, le collectif “La Nature sans friture” l’assure : il repartira au combat et soutiendra les riverains. “Nous avons toujours été clairs : pour nous, Clarebout, ce n’est ni à Frameries, ni ailleurs”, rappelle Florence Defourny. Ce genre d’agrobusiness qui exporte sa production et engendre une pollution pour tout le monde doit être combattu. Pourquoi mettre de l’énergie dans ce type d’usines alors qu’on pourrait la consacrer à des choses bien plus utiles ?”