C’est une décision qui lui pèse mais Anne Van Nieuwenhove maintient sa position : elle ne se pliera pas à l’obligation vaccinale imposée au personnel soignant. Infirmière depuis maintenant 32 ans, cette Lensoise (par ailleurs conseillère communale) préfère prendre le risque de perdre son emploi et optera donc, au besoin, pour une reconversion professionnelle. Un choix tranché qu’elle dit assumer, elle qui ne se revendique pas comme anti-vax.

"Lors des deux premières vagues, j’ai travaillé exclusivement dans une unité covid", explique-t-elle. "J’ai accumulé 97 heures supplémentaires lors de la première vague et une septantaine lors de la seconde. Parce que sur le terrain, la situation l’exigeait. J’ai accepté de refaire des nuits, de mettre ma vie privée entre parenthèses pour que les services puissent tourner. Jusqu’ici, on nous avait laissé le choix d’être ou non vacciné. Ce qui se passe aujourd’hui me dépasse totalement."

Le cœur serré, elle a annoncé sa décision à ses collègues, ce mardi soir, en prenant son service. "La réaction a été globalement la même pour tout le monde, vacciné ou non vacciné : c’est de la colère, de l’incompréhension. Nous avons été considérés comme des héros alors que l’on ne faisait simplement notre boulot. Aujourd’hui, on nous insulte, on nous pointe du doigt, on nous tient responsables de l’augmentation du nombre de cas."

Et de poursuivre : "que l’on me donne une étude qui montre que le personnel soignant contamine les patients, que l’on est responsable de la situation. Aujourd’hui, il n’y a pas plus sécurisé qu’un hôpital. Nous avons du matériel adapté, nous respectons les gestes barrières. Je me fais tester très régulièrement, à mes frais, et je suis donc certaine de ne pas être contaminante, au contraire de personnes vaccinées qui peuvent être asymptomatiques."

Ce qui heurte aujourd’hui Anne Van Nieuwenhove, c’est cette privation de libre arbitre. "Je suis vaccinée contre l’hépatite, je fais des rappels contre le tétanos,… Je ne suis pas du tout opposé aux vaccins. Je ne défends aucunement une thèse complotiste ni ne crois à l’implantation d’une puce 5G ou que sais-je. Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est avoir la liberté d’attendre, sans avoir à me précipiter sans avoir eu le temps de prendre connaissance d’éventuels effets secondaires."

La décision gouvernementale est clairement incomprise. "N’importe quel patient a le choix d’accepter ou de refuser un traitement. Pourquoi ne serait-ce pas le cas pour nous ? J’exerce mon métier avec passion et dévouement depuis 32 ans, j’ai accepté de travailler dans des conditions pénibles, en n’ayant plus le temps de m’occuper de patients comme je l’aurais souhaité, comme il l’aurait fallu. Mais aujourd’hui, on m’impose un choix que je refuse. Je dis donc stop."

La Lensoise n’a pas forcément de plan B ou de projets de reconversion. Mais elle ne sera pas la seule à devoir y réfléchir. Dans son équipe, cinq personnes sur 18 sont dans la même situation. Et certains soignants pourraient refuser une troisième injection. Les mesures annoncées à leur égard sont strictes : une période de chômage pouvant mener à un retrait de l’accès à la profession. En pleine période de pandémie et alors que les hôpitaux peinent déjà à trouver du personnel qualifié, ces sanctions risquent bien d’avoir des répercussions dramatiques sur leur fonctionnement.