Février est le mois sans alcool pour les adeptes de la tournée minérale. Il est aussi le mois sans supermarchés pour les partisans des circuits courts. L'association suisse En vert et contre tout a lancé le défi de février sans supermarché en 2016 et depuis, le phénomène a fait tache d'huile jusque dans notre région.

À Jurbise en effet, le magasin coopératif et participatif Coquelicoop profite de l'occasion pour inviter les consommateurs à changer leurs habitudes. Et ça tombe plutôt bien, car beaucoup s'imaginent que pour consommer de bons produits locaux, il faut courir 36 chapelles son petit panier sous le bras. Or à Jurbise, tout est rassemblé au Château d'Herchies.

L'idée est née d'une poignée de citoyens engagés de Lens et Jurbise. Elle a d'abord pris forme avec un petit point de vente, installé dans la buanderie d'une des initiatrices du projet. Depuis, Coquelicoop a pris de l'ampleur et s'est trouvé un nouveau nid. De fait, le concept a de quoi convaincre plus d'un citoyen un brin sensibilisé. Coquelicoop veut ainsi faire rimer courses locales et équitables avec simplicité et réduction des déchets. Concrètement, les marchandises des petits producteurs locaux sont concentrées en un seul point de vente. Les produits frais sont disponibles sur commande à travers un portail électronique. Pour le reste, on peut se servir quand on veut, et en vrac évidemment.

"Le bonus, c'est la convivialité", explique Antoinette Legrand, membre de la coopérative. "Alors que le covid19 a déshumanisé encore les courses en grandes surfaces, la bonne humeur est bien au rendez-vous chez Coquelicoop. Derrière les masques, on distingue les sourires. Les recettes de pain ou de lessive maison s’échangent au détour des rayons. Beaucoup de confinés ou télétravailleurs y retrouvent la saveur des contacts humains et de l’accueil par leurs « coquelicopains »… Pour la tasse de café et le biscuit maison, on attendra l’après-Covid, mais la visite réchauffe, même en mode sécurisé."

Si le projet a rapidement pris de l'ampleur en quelques mois seulement, il reste des défis importants à relever. "Certains ont découvert le circuit court et une conscience environnementale pendant la pandémie, mais ont retrouvé leurs chers caddies dès l’urgence passée. Au-delà des belles intentions, il faut pouvoir dépasser les habitudes et repenser sa relation au temps", poursuit Antoinette Legrand. "D'ailleurs, à Coquelicoop, nous sommes à la fois patrons, clients et employés bénévoles. Nous participons aux différentes tâches à raison de quelques heures par semaine et le projet ne pourrait pas survivre sans cette participation. Nous devons aussi lutter contre certains clichés selon lesquels le bio et le local, c'est pour les bobos. On veut rendre ces produits accessibles au plus grand nombre. Et la participation aux tâches de chacun permet justement de réduire les marges au strict nécessaire pour couvrir les frais de fonctionnement."

Coquelicoop aspire à surmonter ces défis et à devenir plus grand, en augmentant la taille du magasin et en collaborant avec davantage de producteurs locaux. Nous n'irons pas jusqu'à souhaiter à la coopérative un nouveau lockdown, mais nous pouvons espérer que certaines leçons seront tirées de la pandémie pour prendre de meilleures habitudes.