" Nous sommes la cible depuis le début", " On est pris en otage", " On est condamné", ce sont les mots forts des restaurateurs qui réagissent quelques heures seulement après la fin du comité de concertation. Et c'est le sentiment d'incompréhension qui prime. Tout le secteur est, encore une fois, sous le choc des nouvelles décisions prises par le gouvernement fédéral. Alors malgré l'ouverture des terrasses le 8 mai, la déception est grande pour le secteur dans les régions de Mons-Borinage et du Centre. " On se disait que le 1er mai, c'était limite demain", explique Patrick De Craeke, tenancier de l'Evanescence du temps à Écaussinnes. " Et de nouveau, on repousse notre ouverture. On s'y attendait évidemment, mais la déception n'en est pas moins grande. On est encore prisonnier du gouvernement, et tout le monde en a ras-le-bol."

Pour les restaurateurs, l'ouverture des terrasses ne tient pas compte de la réalité. Plusieurs pointent notamment l'instabilité de la météo en Belgique, mais également du manque de terrasses particulièrement en Wallonie. Une situation qui avantagerait la côte belge, pour les personnes interrogées. "Les bars et les restaurants de la côte ont pratiquement tous un espace considérable pour installer des tables et des chaises", déclare Eric Fernez, chef étoilé de la région baudouroise. "Dans les plus petites villes, c'est déjà bien si on a un espace suffisant à l'intérieur. Mes brasseries ont heureusement une terrasse, mais ce n'est pas le cas de mon restaurant gastronomique. On nous jette de la poudre aux yeux, c'est de la comédie."

Le chef bien connu de la région se trouve effectivement dans une mauvaise position. Éric Fernez ne souhaite pas faire de différence entre l'ensemble de ses établissements. "Si j'ouvre les terrasses de mes brasseries, je laisse tomber le personnel de mon restaurant qui ne peut pas ouvrir. Ces décisions ont été prises par des personnes qui sont tellement loin de la réalité, et de la difficulté de la vie", commente Éric Fernez. Un témoignage qui fait écho au sentiment d'injustice d'un secteur entier. "J'ai la chance d'avoir une terrasse, mais j'ai un gros pincement au coeur pour mes collègues pour qui ce n'est pas le cas", continue Patrick De Craeke. "Le comité d'aujourd'hui ne tient pas compte de la réalité du terrain. J'en suis le parfait exemple. Si je suis les obligations communales concernant le passage pour les piétons de 2 mètres, et les mesures de distanciation, je peux seulement accueillir dix personnes."

La grande majorité des restaurateurs déplorent la non-rentabilité de l'opération. Pour le secteur, le gouvernement a voulu contenir la colère des indépendants, plus que réellement les sauver. "Nous avons besoin de clients, de passages, c'est un secteur vivant", déplore Nicolas Campus, gérant du restaurant Les Gribaumonts à Mons. "J'ai 15 000 euros de frais fixes par mois pour les crédits hypothécaires et d'autres frais essentiels. Et nous avons eu droit à 16 500 euros d'aide pour 10 mois. C'est d'une réouverture complètement que nous avons besoin, pas d'une réouverture partielle." Comme un cri du coeur, les restaurateurs y voient un manque de confiance du gouvernement envers le secteur. 

Mais malgré la colère grandissante, les restaurateurs sont bien conscients de la situation sanitaire. C'est pourquoi certains hésitent finalement à participer au mouvement d'ouverture complète des établissements prévue le 1er mai. "Je préfère ne pas me prononcer là-dessus", nous confie Éric Fernez. "Non seulement parce qu'il y aura certainement des répercussions au niveau de la police, mais aussi pour le personnel. Je ne peux pas leur demander d'agir contre la loi, ou en tout cas, sans leur accord." Toutefois, tous nous confirment que beaucoup de leurs collègues participeront à l'action, fatigués d'être la cible des fermetures. 

C'est un véritable cri du coeur lancé par le secteur, après le comité de concertation de ce mercredi. "C'est une ouverture pour tout le monde, ou pour personne. Ça suffit maintenant ! "