Borinage Le projet de Clarebout divise profondément les habitants de la région.

Comme d’autres, Nathalie Trevisan craint la construction d’une usine à frites à proximité immédiate de son habitation, actuellement en construction. Si la Framerisoise ne s’oppose pas au projet en tant que tel, elle regrette le choix de son implantation et estime que les autorités communales n’ont pas joué franc jeu dans ce dossier.

Que reprochez-vous à la majorité aujourd’hui ?

Nous avons pris connaissance du projet via les médias, bien avant la conférence de presse officielle et la séance d’informations. Ce que nous regrettons, c’est de ne pas avoir été informés de la possibilité d’un tel projet lorsque nous avons acheté notre terrain en 2016. Nous nous étions renseignés, nous pouvions nous attendre à la construction de hangars, de bureaux, de petites entreprises. Mais d’une usine, certainement pas. Pourtant, en 2016, Clarebout aurait déjà mentionné la possibilité de s’étendre à Frameries avec un site de production. Et dans certains médias, le bourgmestre se contredit : tantôt il n’était au courant de rien, tantôt il savait que Clarebout avait des ambitions. Nous sommes persuadés que le projet était lancé bien avant les élections d’octobre dernier. Pourquoi dès lors ne pas en avoir parlé ?

Vous avez l’impression d’avoir été trompée ?

Oui bien sûr. Nous avons le sentiment que tout était là, que les possibilités étaient réelles mais que l’on a autant que possible caché la vérité aux riverains. Si nous avions su cela à l’époque, nous n’aurions pas acheté. Pour nous, c’est un coup de massue, un manque de considération à notre égard. Personne n’a joué franc jeu avec nous, ni la commune, ni l’intercommunale Idea. Le site jouxte un quartier, certains d’entre nous seront situés à trente mètres à peine de l’usine si elle voit le jour.

Quelles sont vos craintes ?

Les nuisances seront considérables. Des odeurs, du bruit, un charroi impressionnant, l’utilisation de produits toxiques notamment dans les frigos, etc. Pour l’environnement, c’est une catastrophe. Et Frameries n’est pas la seule commune à être concernée, de nombreux villages voisins seront impactés, certains plus que d’autres selon la direction des vents. L’image de l’entreprise est loin d’être positive. À Comines-Warneton, les riverains n’en peuvent plus. Les nuisances sont réelles. Nous ne voulons pas subir la même chose.

Si vous craignez ce projet, d’autres le saluent, évoquant la création de nombreux emplois…

On évoque effectivement la création de centaines d’emplois. Mais seront-ils locaux, ces emplois ? À Warneton, ce n’est pas le cas : environ 75 % des travailleurs sont Français, une autre partie est néerlandophone ou originaire des pays de l’Est. Certains s’insurgent de notre position, nous considèrent comme des chômeurs alors que nous sommes une majorité de travailleurs. Lorsque nous répondons que nous travaillons, on nous considère comme des nantis. Nous ne sommes évidemment pas contre la création d’emplois ! Mais pas à n’importe quelles conditions.

FRAMERIES Les riverains le savent, le combat ne sera pas simple. Pour autant, ils y croient et multiplient les démarches tandis que l’étude d’incidence se poursuit avant l’enquête publique. "La mobilisation est importante, nous sommes de plus en plus nombreux. Nous continuons à diffuser le message pour toucher un maximum de personnes. Nous multiplions les contacts avec le monde politique, les associations, des avocats… Nous nous rendrons également dans les conseils communaux de Frameries, de Mons ou de Quévy. Il faut que les choses bougent, montrer que nous sommes là ! Nous avons besoin de garanties à tous les niveaux. Et si, hier, nous nous disions que c’était de la folie de se lancer dans ce combat, aujourd’hui, nous sommes de plus en plus confiants", insiste Nathalie Trevisan. Précisons que c’est la Région wallonne qui délivrera ou non les permis nécessaires.

La réaction de Jean-Marc Dupont (PS) Bourgmestre

"Le collège prendra ses responsabilités"

"En 2016, lorsque Clarebout a demandé à faire acquisition de terrains pour l’installation de hangars, le point est passé au conseil d’administration de l’Idea, où je ne suis pas seul. Il avait indiqué que peut-être, plus tard, un projet plus conséquent serait envisagé. Cela avait été dit mais ce n’était qu’une hypothèse. Nous n’avions alors plus entendu parler de Clarebout jusqu’aux mois d’octobre-novembre dernier, où ce projet de construction d’usine a été une nouvelle fois évoqué, sans pour autant que Frameries soit confirmé comme lieu d’accueil. Je comprends la colère des riverains, leurs inquiétudes. Mais je ne vois pas ce que l’on peut me reprocher dans ce dossier. Je ne suis pas allé chercher Clarebout. Le collège prendra ses responsabilités et ne donnera évidemment pas carte blanche à l’entreprise, de nombreuses garanties seront demandées avant de rendre un avis. Les questions que les habitants se posent, nous nous les posons aussi. La commune n’est pas contre eux. Et si l’on n’a pas évoqué le projet plus tôt, c’est parce que rien n’était fait. N’importe quel candidat aux élections aurait fait de la création d’emplois un thème de campagne. Mais nous ne pouvions pas car rien n’était officiel. In fine, je rappelle que c’est bien la Région wallonne qui tranchera, pas la commune. Notre avis sera peut-être négatif. Cette usine ne verra peut-être jamais le jour !