Après quelques jours d’incertitude, les libraires apprenaient que leur commerce pourrait bénéficier d’une dérogation et donc rester ouverts en cette période de deuxième confinement. S’ils peuvent continuer à travailler, le ouf de soulagement est tout relatif. En effet, une importante partie des produits désormais proposés en librairie ne peuvent être vendus, ce qui représente un important manque à gagner.

Isabelle Lefebvre tient depuis un peu plus d’un an la Librairie du Peuple, ouverte à la rue de Monsville à Quaregnon. Elle estime qu’entre 30 à 40% de ses marchandises ne peuvent être proposées aux clients pour éviter une concurrence déloyale. "En tant que librairie, nous n’avons plus le monopole de rien : tout ce que nous vendons, par exemple la presse et le tabac, se retrouve ailleurs, notamment dans les grandes surfaces, aux bureaux de poste,…", explique-t-elle.

"Nous sommes obligés de nous diversifier toujours plus pour survivre, en proposant des paris sportifs, des sacs, des foulards, des bijoux,… Nous permettre de les vendre, c’est nous aider financièrement mais pas seulement. Il s’agit aussi de rentrées financières pour les fournisseurs indépendants avec qui nous travaillons, et qui comptaient sur nous pour ce deuxième confinement. Ils se retrouvent une fois encore privés de ces revenus, dont ils ont pourtant besoin."

Des larmes dans la voix, la jeune indépendante ne cache pas son angoisse. "Je ne vois pas en quoi vendre deux sacs en un mois ou quelques jeux pour enfants ferait du mal à d’autres. Les grandes surfaces ne peuvent plus les proposer mais au contraire de nous, petits indépendants, elles n’en ont pas besoin, ce n’est pas essentiel pour elles. De mon côté, depuis un an, je me bats pour survivre, pour me faire une place, pour attirer la clientèle. À la fin du mois, peu importe que ma marchandise ait été amputée de 30 à 40% : les factures seront les mêmes."

Et de poursuivre : "En arrivant ce mercredi matin à la librairie, j’ai pleuré en la regardant. Je viens travailler avec des pieds de plomb et la peur au ventre. Je constate que ce qui peut encore rapporter à l’état ou entretenir la peur n’est frappé d’aucune interdiction. À contrario, quelques peluches, des tirelires, des tasses et des jeux pour enfants ont été interdits." La libraire tente malgré tout de garder le cap mais sait que les prochaines semaines seront extrêmement difficiles…