Borinage

Le Hutois conteste sa présence sur la scène de crime.

Me Michel Bouchat a plaidé, vendredi, devant la cour d'assises du Hainaut, l'innocence de Josué Krier dans le vol avec violence de cigarettes, avec circonstance aggravante de meurtre, commis la nuit du 20 au 21 octobre 2016 dans la ferme de Beaumont à Roisin. Le Hutois conteste sa présence sur la scène de crime.

"J'ai la conviction forte que Josué n'était pas présent lors de la tentative et lors du vol. La preuve de sa culpabilité n'est pas rapportée à suffisance de droit", a déclaré le pénaliste carolorégien au début de sa plaidoirie. Selon lui, les jurés ne peuvent pas condamner Josué sur base des déclarations de Loïc Harvengt et de Franz Pottiez. "Si c'est pour reconnaître la culpabilité de Josué Krier pour les faits qui lui sont reprochés, sur base des déclarations de Franz Pottiez et de Loïc Harvengt, prenez le tout !", dit-il en détaillant les déclarations successives des deux hommes à la police. 

Ainsi, lors de leur première déclaration, le 6 février 2017, jour de leur arrestation, les deux hommes n'impliquent pas les autres accusés. Deux jours plus tard, le 8 février, Loïc Harvengt craque. "Il implique Torino Dubois et Brondon Kempfer, mais pas Josué Krier ! Il implique quatre personnes, le nombre de personnes comptabilisées par Bernard Libiez, la victime survivante". 

Loïc Harvengt implique seulement Josué Krier le 10 février. "Et si on suit les déclarations de Loïc Harvengt, les commanditaires sont Thomas et Sylvie, lesquels auraient même demandé des informations à leurs enfants !", insiste l'avocat. Franz Pottiez prétend, quant à lui, qu'il n'était pas à Roisin la nuit du crime. "Mais il a pu prendre connaissance du dossier la veille de sa comparution devant la chambre du conseil, soit le 9 février. Il ajoute aux trois gitans un quatrième individu, un Français barbu, âgé de 22 à 25 ans". 

Loïc Harvengt parle toujours, lui, de cinq individus. "Pour avoir le compte, il ajoute Josué Krier qui est peut-être la personne de trop puisque Bernard Libiez parle de quatre individus qui sont, d'office, entrés par la véranda car la porte du garage avait été verrouillée après la tentative qui a eu lieu dix jours plus tôt". 

Pour le pénaliste, le chargement des boites de cigarettes a eu lieu après les trois coups de feu, dont deux ont touché les frères Libiez, blessant grièvement l'un et tuant l'autre. Dans sa plaidoirie, l'avocat est revenu sur le vol perpétré à Soignies, alibi de son client et de ses copains Torino Dubois et Brondon Kempfer, la nuit des faits. Pour l'accusation, cet alibi est faux. "Mon client n'a jamais été réentendu pour ce vol de remorque et aucune image n'a pu être retirée des caméras placées près du camp des hirondelles, fief du clan Dubois." 

La nuit du crime, Josué s'est retrouvé dans une discothèque à Jemappes, avec Torino et Brondon. Ils y ont été pris en photo à 3h25 alors que le crime s'est déroulé entre 1h30 et 1h45. "Cette présence dans la discothèque ne démontre pas qu'ils sont impliqués dans les faits de Roisin. A part les déclarations de Pottiez et de Harvengt, il n'y a rien". 

Les trois hommes ont quitté la discothèque à 4h28 et la caméra des quatre pavés de Frameries filme deux voitures à 4h53. "On ne distingue pas un véhicule Opel Corsa sur ces images", insiste l'avocat, alors que les enquêteurs disent que le premier véhicule ressemble à une Opel Corsa (voiture de Torino) et une Opel Insigna (voiture de Franz Pottiez). "Loïc Harvengt a déclaré qu'ils y étaient allés avec une seule voiture et que les trois gitans sont revenus au volant de la camionnette". 

Enfin, l'avocat rappelle que son client n'a jamais été condamné et qu'il n'a jamais été poursuivi pour quoi que ce soit. Son casier judiciaire était vierge le 26 septembre 2019. Josué Krier est détenu préventivement depuis le 13 février 2017. "Il n'est pas issu d'une famille de délinquants et il n'est pas antisocial", conclut l'avocat, heurté quand on qualifie ce jeune homme de "crapule". Si le jeune Hutois, âgé de 19 ans au moment des faits, a atterri en région montoise, c'est parce qu'il avait rencontré une jeune femme, soeur de Torino Dubois. Les deux hommes se sont liés d'amitié.