Borinage

Pour les parties civiles, les six personnes dans le box sont toutes coupables d'un vol avec plusieurs circonstances aggravantes, dont celle de meurtre.

Pour Me Jean-Philippe Rivière, avocat de la maman et du frère de Jean-Claude Libiez, tué par balle la nuit du 20 au 21 octobre 2016 dans sa ferme à Roisin, il existe "un faisceau d'indices graves et concordants" qui prouvent que Torino Dubois, Josué Krier et Brondon Kempfer ont participé au vol de cigarettes avec circonstance aggravante de meurtre. Les trois accusés nient les faits, clamant qu'ils ont un alibi. Au même moment, ils commettaient un vol d'une remorque et d'outils à Soignies. Pour le pénaliste, cet alibi est bidon. "Chez eux, on n'avoue jamais mais là, ils avouent ! Cela démontre qu'ils ont peur et qu'ils ont quelque chose à cacher", a déclaré Me Rivière dans sa plaidoirie.

"Josué Krier est arrêté le 11 février. D'emblée, il déclare qu'il a un alibi, un vol à Soignies commis avec Torino Dubois et Brondon Kempfer, qui se présentent à police le 13, et évoquent le même alibi. C'est étrange dans un milieu où on n'avoue jamais rien", a relevé l'avocat.

Selon lui, il n'est pas impossible que les trois hommes ont participé aux deux vols. "Le drame de Roisin se produit entre 1h30 et 1h45. Il y a bien eu un cambriolage à Soignies entre 19h30 et 6h30, mais ils ne prouvent pas que ce sont eux. Dans les versions qu'ils donnent sur la manière dont cela s'est passé, il y a trente à quarante contradictions. Et ils ne prouvent pas qu'ils y étaient entre 1h30 et 1h45. Il faut une heure et quart pour commettre un vol. Et 38 minutes pour aller à Roisin. Ils ont pu commettre le vol à Soignies, en partant vers 23h, 23h30 et être à Roisin à 1h30. Cela, c'est tout sauf un alibi."

Me Rivière pointe d'autres éléments dont les numéros de GSM attribués aux accusés par les enquêteurs. Ces numéros ont été repérés dans un karting à Courtrai où les trois hommes ont roulé. Ces numéros ont été actifs avant et après les faits, mais pas pendant. "Pourquoi des numéros vont être changés et neutralisés le jour de l'arrestation de Loïc Harvengt ? Pourquoi le numéro appartenant à Torino est le premier numéro joint par Loïc Harvengt, la nuit des faits à 2h56, avec le numéro de sa compagne? Loïc Harvengt a expliqué qu'ils s'étaient donné rendez-vous dans une discothèque à Jemappes pour savoir ce qu'il fallait faire. Leurs voitures ont été filmées, à 4h43, aux quatre pavés de Frameries pour prendre la direction de Roisin."

Concernant les premiers aveux de Loïc Harvengt, l'avocat note qu'il a impliqué les trois hommes durant 32 mois avant de se rétracter au début du procès. "Les accusations de Loïc Harvengt, confirmées par Franz Pottiez, sont crédibles", insiste l'avocat. "Il n'accuse pas des inconnus. Sa copine est la sœur de la copine de Torino, son beau-frère. La sœur de Torino est la copine de Josué, et la cousine de Torino est la copine de Brondon. Il accuse donc des proches. Quand on enquête sur ces gens, on découvre qu'ils en sont capables, qu'ils ont un alibi qui n'en est pas un. Loïc dit que c'est Torino qui a le riot gun alors qu'un manuel a été retrouvé dans sa caravane. Une Opel corsa (voiture de Torino) et une Insigna (voiture de Pottiez) sont fimées à 4h43, aux quatre pavés de Frameries. Elles se dirigent vers Roisin. Quand on cumule tout ça, on se dit que ses accusations sont crédibles."

Le but était d'aller chercher la camionnette rouge, chargée du butin, dans le garage du voisin des victimes, Thomas Audin. Cette camionnette a été incendiée le 21 au matin à Havré.

Pour Me Damien Brotocorne, Thomas Audin et son épouse étaient bien au courant, dès l'été 2016, du projet de Franz Pottiez consistant à commettre un vol chez les voisins. Une tentative a déjà eu lieux dix jours avant le crime. Des traces de pesées ont été retrouvées sur la porte du garage où étaient stockées les cigarettes. "Ce sont les voisins qui ont expliqué aux voleurs le chemin à suivre."

Thomas Audin a aussi coopéré en prêtant les télécommandes donnant accès à son hangar. "Il ne faut pas être dans le besoin pour commettre un vol. Thomas Audin avait fait des investissements. Loïc Harvengt a déclaré qu'il était prévu que Thomas soit payé. Quant à l'épouse, Sylvie Cuelle, elle a avoué avoir conseillé à Franz Pottiez de passer par la véranda, entre la tentative et le vol." Ils ont donc apporté "une aide indispensable" qui a permis aux malfrats de commettre le vol qui a mal tourné.

Pour les parties civiles, les six personnes dans le box sont toutes coupables d'un vol avec plusieurs circonstances aggravantes, dont celle de meurtre.