Borinage

Marc De Brackeleer, avocat général devant la cour d'assises du Hainaut, a requis, jeudi, la culpabilité des six personnes accusées d'avoir commis un vol de cigarettes avec violence, avec circonstance aggravante de meurtre, la nuit du 20 au 21 octobre 2016 dans la ferme Libiez à Roisin.

L'avocat général ne s'est pas longuement penché sur le cas de Loïc Harvengt, qui est en aveux d'avoir participé à la tentative de vol, commise dix jours avant le crime, et au vol avec violence. "Il a donné des détails importants comme la taille des armes utilisées, l'accrochage de la camionnette avec la barrière, ... Des détails corroborés par l'enquête", a-t-il dit. 

Il a ensuite analysé à la loupe le cas de voisins des victimes, Thomas Audin et Sylvie Cuelle, soupçonnés d'avoir donné de précieuses informations à Franz Pottiez. "Thomas Audin reconnait avoir remis des télécommande et mis son hangar à disposition pour cacher la camionnette et le butin. Sylvie Cuelle leur a donné des renseignements. Ce sont des actes de participation et pas une imprudence." Il a ajouté que c'est Sylvie qui a conseillé à Franz Pottiez de passer par la véranda. "Est-ce un hasard alors que la porte du garage avait été sécurisée après la tentative?", a demandé l'avocat général. Pour lui, le couple a apporté une aide indispensable à la commission des faits. 

Enfin, l'accusation s'est plus longuement penchée sur le cas de Torino Dubois, Brondon Kempfer et Josué Krier, dont les noms ont été balancés par Loïc Harvengt, le 8 février 2017. L'avocat général note que, deux jours plus tôt, Thomas Audin a donné ces noms à un homme qui travaillait dans son garage. Le 9 février, Franz Pottiez confirme les identités de ses complices lors de sa première audition. Au même moment, Loïc Harvengt, qui partageait sa cellule avec un membre du clan Dubois et un membre de la famille Kempfer, est transféré de la prison de Mons à la prison de Nivelles. Pour l'accusation, il est impossible qu'il ait pu être influencé par Franz Pottiez. Par contre, il a pu subir des pressions en cellule. 

Au sujet de la téléphonie, l'avocat général explique que Torino Dubois "revisite Magritte" en déclarant que le numéro qui lui ont attribué les enquêteurs n'est pas le sien. Or, ce numéro a eu de nombreux contacts avec ses proches. "J'affirme que ce numéro est le sien, à lui de démontrer l'inverse." Ce numéro est en contact avec Loïc Harvengt et Franz Pottiez la nuit des faits, la veille, et les jours suivants. "Le 20 octobre, à 23h14, Loïc envoie un SMS à Torino. La borne de Nimy-Maisières est activée, là où Franz a donné rendez-vous à Torino. Ensuite, ces téléphones vont activer la borne de Roisin, chez Thomas, afin de prendre les télécommandes de son garage, de 23h44 à 23h54. Harvengt l'a dit et cela correspond au temps nécessaire pour se rendre à Roisin." 

Selon Loïc Harvengt, Franz Pottiez était mal suite aux évènements de Roisin et il voulait faire le point, très vite, avec les autres. Loïc Harvengt renvoie un SMS à Torino à 2h56. Le GSM de Torino active la borne qui active la discothèque de Jemappes où il se trouvait avec les deux autres. Une photo prise à 3h25 l'atteste. Les GSM de Torino et de Franz n'activent plus cette borne à 4h07 et 4h08. 

Lors de cette "réunion" au sein de la discothèque, Brondon Kempfer aurait déclaré qu'il a tué quelqu'un avec une arme de poing. A 4h43, les voitures de Torino et de Franz sont filmées aux Quatre pavés de Frameries et se dirigent vers Roisin. Le GSM active une borne à Frameries à 4h42 et 4h44. Et Pottiez a déclaré qu'il suivait la voiture de Torino, ce qui a été vérifié par la vidéo. Ils ont récupéré le butin. A l'instar de l'avocat des parties civiles, l'accusation relève un faisceau d'indices précis et concordants qui convergent vers l'implication des trois hommes dans les faits commis à Roisin, la nuit du 20 au 21 octobre 2016.