Borinage

Malgré une enquête minutieuse, il reste de nombreuses zones d'ombre autour de ce dossier.

Le jury (accompagné de la présidente de la cour d'assises du Hainaut, Annick Jackers, et de deux magistrates) est entré en délibération, mercredi matin à Mons, pour statuer sur la culpabilité des six personnes accusées d'un vol avec meurtre commis la nuit du 20 au 21 octobre 2016 dans la ferme Libiez à Roisin, et d'une tentative de vol perpétré au même endroit dix jours plus tôt.

Cette nuit-là, des malfrats (quatre, selon une victime survivante) sont entrés dans la ferme vers 1h30 pour voler le stock de cigarettes qui se trouvait dans le garage. Outre le métier d'agriculteur, les frères Libiez et leur mère exploitaient également un café et un magasin à quelques mètres de la frontière française.

Trois coups de feu ont été tirés. Deux balles, tirées par un calibre 7.65, ont touché les frères Bernard et Jean-Claude Libiez. Ce dernier est mort sur place alors que son frère était grièvement blessé. Il s'en est sorti avec d'importantes séquelles physiques et psychologiques. Une troisième balle, tirée par un calibre 12, s'est logée dans le plafond de la cuisine.

Quelques heures plus tard, une camionnette était incendiée à Havré. L'enquête a permis de découvrir, grâce à un feu arrière brisé, qu'elle avait servi à transporter le butin. Cette camionnette avait été vendue, le 12 octobre 2016, à un homme identifié par le vendeur comme étant Franz Pottiez.

Ce dernier, dont le procès a été disjoint en raison de son état de santé, était un client régulier du garage voisin de la ferme, exploité par Thomas Audin et sa femme, Sylvie Cuelle. Ces derniers sont soupçonnés d'avoir donné de précieuses informations à Franz Pottiez, lequel ne leur avait pas caché son envie de mettre la main sur le stock de cigarettes.

A l'époque, Franz Pottiez passait beaucoup de temps avec Loïc Harvengt. Ce dernier est en aveux d'avoir participé au vol, en compagnie de Franz Pottiez, ce que conteste ce dernier. Loïc, qui conteste l'intention d'homicide, a balancé les noms de Torino Dubois et de Brondon Kempfer, le 8 février 2017 à la police, soit deux jours après son arrestation. Il a balancé le nom de Josué Krier le 10 février.

Pendant 32 mois, il a tenu la même version mais il s'est rétracté le premier jour du procès, déclarant qu'il n'avait pas pu identifier les trois autres car ils étaient cagoulés. Il a dit que ces noms lui avaient été soufflés par Franz Pottiez, arrêté le même jour que lui, le 6 février 2017 au matin.

Pendant l'enquête et les deux semaines de procès, les trois gitans ont nié leur implication dans les faits. Ils ont déclaré que, ce jour-là, ils avaient commis un vol dans la région de Soignies, avant de passer une partie de la nuit dans une discothèque à Jemappes. Pour l'accusation et les parties civiles, cet alibi n'en est pas un.

Sur la scène de crime, les enquêteurs ont relevé peu d'indices. Seule une trace de semelle pourrait relier Torino Dubois à la scène de crime mais elle a été contestée car le modèle de chaussure connaît un certain succès chez les jeunes. Aucun téléphone portable n'active la borne la plus proche de la scène de crime, au moment du crime. Selon les enquêteurs, qui ont attribué des numéros aux gitans, des contacts entre certains des accusés ont été fréquents avant et après le crime. Mais il reste de nombreuses zones d'ombre autour de ce dossier.

Alors que l'accusation a demandé aux jurés de prononcer la culpabilité des six accusés, tous les avocats (sauf celui de Loïc Harvengt) ont plaidé l'acquittement. Un arrêt sur la culpabilité est attendu dans la journée de mercredi.