Les faits avaient suscité l’émoi dans la région. Le 29 juin 2020, à Colfontaine, la vie de Nabil Saifi et de ses proches basculait. Pris à partie par le voisin de son frère Khalid, Giuseppe A., ce dernier recevait une balle en pleine tête, tirée à bout portant. Consciente mais dans un état critique, la victime avait rapidement été prise en charge. Plus d’un an après les faits, la famille entend tourner la page et avancer. Un jugement vient en effet d’être rendu par le tribunal de première instance du Hainaut.

Le tireur est accusé d’avoir "volontairement, avec intention de donner la mort, tenté de commettre un homicide sur la personne de Nabil Saifi." Le tribunal estime également que "la résolution de commettre ce crime a été manifestée par des actes extérieurs qui forment un commencement d’exécution de ce crime" et que ceux-ci "n’ont pas été suspendus ou n’ont manqué leur effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de l’auteur."

Giuseppe A. est actuellement détenu à la prison de Mons mais ne devrait pas y séjourner davantage. En effet, plusieurs expertises psychiatriques médico-légales ont été effectuées et il ressort qu’au moment des faits, le Colfontainois était "atteint d’un trouble mental qui a aboli ou gravement altéré sa capacité de discernement ou de contrôle de ses actes." Un trouble dont il souffrait toujours au moment de ladite expertise.

C’est donc une décision d’internement qui a été prononcée par le tribunal, qui a tenu compte de l’existence d’un lien causal entre les faits et le trouble mental du tireur, et qui a estimé qu’un danger existait que Giuseppe A. "commette de nouveaux crimes ou délits portant atteinte à ou menaçant l’intégrité physique ou psychique de tiers." Pour Nabil Saifi et son frère Khalid, ce jugement est accueilli avec soulagement.

"Nous souhaitions que la justice fasse son travail, qu’un jugement soit rendu et que cette personne ne puisse plus jamais recommencer, qu’elle ne soit pas libérée au bout de deux ans", expliquent les deux frères. "Le fait qu’il soit interné et qu’aucune date de sortie ne soit annoncée nous rassure. Nous allons désormais pouvoir avancer, continuer à vivre." Vivre, c’est l’intention de Nabil Saifi. Véritablement miraculé, ce dernier vient de subir sa 13e et peut-être dernière opération.

Il le sait, il ne retrouvera jamais sa vie d’avant, les séquelles de l’agression étant nombreuses. Désormais incapable de se déplacer seul ou de vivre en autonomie, il nécessite un soutien constant de ses proches et du corps médical. Les risques d’épilepsie et de chutes sont importants, certaines parties de son corps sont insensibles et les risques de thrombose liée à la présence d’un caillot au niveau de la carotide sont non-négligeables. Et pourtant…

"J’ai frôlé la mort de très près. Aujourd’hui, je veux pleinement profiter de la vie", assure-t-il. "Bien sûr, les traumatismes sont importants, et je revis régulièrement la scène dans ma tête, dans mon sommeil. Mais je ne veux pas rester sur ce drame." Dans un premier temps, Nabil Saifi avait sollicité une médiation avec son agresseur, afin de tenter de comprendre son geste et d'obtenir des excuses formelles. Une date avait été proposée mais cette dernière étant trop proche d’une opération, elle aurait pu être source de stress.

Elle a dès lors été refusée. Et aujourd’hui, aucun membre de la famille Saifi ne souhaite recroiser la route de celui qui a brisé leur vie.