Mobilisé depuis près d’un an pour faire face à la crise, le personnel soignant est sur les rotules. Et la situation ne devrait pas aller en s’améliorant : en Wallonie, quelque 3400 offres d’emploi dans le secteur des soins de santé sont comptabilisées. Nos hôpitaux peinent à dénicher les profils recherchés et l’image du métier – ou plutôt le manque de valorisation de ce dernier – ne suscitera probablement que peu de vocation.

La problématique est nationale. Mais nos hôpitaux ne sont pas épargnés par ce constat. "Côté infirmier, nous venons de recruter 35 temps plein, il nous manque encore 30", précise Delphine Cauchies, en charge de la communication d’EpiCURA. "Les prochains diplômés ne sortiront qu’au mois de juin donc d’ici là, il faudra prendre patience." Les raisons de ces difficultés sont évidemment multiples.

"Au-delà de la prolongation des études et donc d’une promotion blanche, on peut imaginer que la réalité du métier freine les ardeurs de certains candidats. Il faut ajouter à cela la difficulté pour des familles monoparentales de s’orienter vers ce genre de carrière, qui impose des horaires très particuliers qui ne permettent que difficilement de concilier vie de famille et vie professionnelle." Un constat également partagé par les équipes d’Ambroise Paré.

"Travailler à pause, les week-ends, les jours fériés, ce n’est pas évident. Le service infirmier est composé de près de 80% de femmes, ce qui implique aussi des écartements dès les débuts de grossesse", précise France Brohée, responsable de la communication. "C’est une excellente chose pour leur sécurité, mais cela implique aussi que les services soient desservis pendant près d’un an. Et les difficultés à recruter sont bien réelles. La charge de travail retombe donc sur des équipes déjà fatiguées et incomplètes."

À ce jour, la pénibilité du travail d’infirmier n’est toujours pas reconnue. "Il y a un manque de reconnaissance du métier et un manque d’attractivité, qui est aussi salarial : malgré une année d’étude supplémentaire, les nouveaux infirmiers sont toujours considérés comme issus d’un bachelier. Au niveau des titres (nécessaires pour travailler dans certains services, par exemple les soins intensifs, les urgences ou encore l’oncologie, NdlR), ce n’est pas vraiment mieux."

Et de poursuivre : "Il n’y aura plus de valorisation financière alors qu’une spécialisation nécessite un an d’étude supplémentaire, et donc cinq ans d’étude. On nous impose d’avoir certains profils dans nos services mais rien n’est fait pour motiver les étudiants. Tout cela pose des problèmes au niveau des engagements !" Et à ce stade, aucune solution concrète ne semble se dégager pour remédier à la problématique… Le personnel soignant devra donc, une fois encore, prendre sur lui.