Sa disparition devrait, à n’en pas douter, marquer plus d’un Boussutois. Pierre Urbain, ancien directeur général de la commune boraine, est en effet décédé des suites de maladie. Sur demande de l’actuel bourgmestre, Jean-Claude Debiève (PS), ce dernier avait repris ses fonctions à Boussu en septembre 2020 en tant que collaborateur. Officiellement retraité, il travaillait à raison de 19 heures par semaine et assurait un rôle de coordinateur entre le maïeur et les deux directeurs généraux faisant fonction.

Affaibli ces derniers temps, Pierre Urbain vient donc de tirer sa révérence. Le parcours professionnel de l’homme avait été particulièrement mouvementé. Après son passage à Boussu, il avait été directeur général de la ville de Mons mais avait connu de nombreux déboires judiciaires et avait de ce fait été suspendu par la ville en 2013. Aux côtés de plusieurs autres personnes, il avait été inculpé d’abus de confiance, de participation à une organisation criminelle et d’infractions à la législation sur l’intermédiation bancaire.

Une peine d’un mois de prison avec sursis avait finalement été prononcée à son encontre en mars 2019 par le tribunal correctionnel de Mons. Il avait été reconnu coupable d’avoir détourné des tableaux au préjudice d’une vieille dame dont il avait l’administration provisoire. Pour le reste, le tribunal avait prononcé des acquittements ou constaté la prescription des faits.

En dehors de ses fonctions professionnelles, Pierre Urbain était aussi et surtout très attaché au club de football des Francs Borains. Ce dernier a publié à un message d’hommage ce mardi matin. "Une icône des coulisses. Les Francs Borains ont perdu un supporter acharné, un dirigeant de longue durée, un homme efficace de l'ombre", écrit le club sur sa page Facebook. "L'épopée de 85, il y était déjà comme supporter déjà influent. Les Larmes aux yeux à Saint-Charles lors d'un quart de finale de folie contre Seraing. Depuis, il était avec nous, en semaine comme chaque samedi ou dimanche."

"(…) Il a servi le club, sa "maîtresse", en interne comme dirigeant comme vers l'externe pour harmoniser son club et sa ville, ses deux coups de cœur permanents. A domicile comme en déplacement, au comité directeur ou comme simple dirigeant, il a servi la bonne cause franc boraine. (…) Son intelligence humaine a fait grandir le club, désamorcé les conflits, réconcilié les points de vue, rapatrié les compétences. Pour tout cela et bien plus encore, Pierre mérite sa statue virtuelle. On la poserait à mi-chemin entre Saint-Charles et Vedette. 40 ans de service inconditionnel. Ça se fête ou pleure. Sincères condoléances à ses proches."

Jean-Claude Debiève, bourgmestre: "Je perds un guide, un conseiller"

Ces dernières semaines, l’état de santé du Boussutois s’était particulièrement dégradé, ne laissant malheureusement à ses proches que peu d’espoir d’une amélioration. Le bourgmestre de Boussu, Jean-Claude Debiève (PS), s’est dit extrêmement touché et peiné par le décès de celui qui avait accepté de revenir à Boussu, en septembre 2020, en tant que collaborateur.

"Pour l’ensemble de la commune et pour moi, il s’agit d’une perte incommensurable", souligne le maïeur. "Je le faisais parfois un peu marcher, en lui disant qu’il m’avait déjà quitté une fois, que j’espérais qu’il ne le ferait pas une seconde fois… Même si à l’époque, je comprenais et approuvais tout à fait son départ pour la ville de Mons. Lorsqu’il est revenu à Boussu, à ma demande, il était déjà souffrant. Mais nous gardions espoir d’une issue favorable."

Amoureux de sa commune, Pierre Urbain a mis son expérience au service du bourgmestre. "Il est revenu avec enthousiasme et m’a conseillé du mieux qu’il pouvait, sans jamais outrepasser son rôle. Son retour a fait énormément de bien à l’organisation communale. Il a mis son intelligence au service des citoyens et partageait avec moi une volonté commune, celle d’aller de l’avant et de redynamiser Boussu et Hornu."

Très affecté, Jean-Claude Debiève est resté aux côtés de son ami ces dernières semaines. "C’était très difficile, il souffrait énormément et se peinait de ce que son état impliquait pour ses proches. Mais il a fait preuve d’un courage inouï et continuait de parler de la commune, pas de lui. Aujourd’hui, c’est vraiment une perte. Je suis privé d’un guide, d’un conseiller, d’une personne pleine de bon sens."

Et si les déboires judiciaires de Pierre Urbain ont terni sa réputation, le maïeur n’a jamais souhaité en tenir rigueur. "Beaucoup de choses ont été dites sans que cela ne soit jamais prouvé. La justice a rendu son verdict et une procédure d’appel était encore en cours. Pierre a toujours clamé son innocence et j’ai fait le choix de le croire."