Borinage L'ancien bourgmestre faisant fonction de Dour se confie sans détour dans le Grand entretien de la semaine. Retour sur la transition vécue par Vincent Loiseau suite au retour à Dour de Carlo Di Antonio.

C’était l’une des conséquences du dernier scrutin régional au cours duquel le succès n’a pas été au rendez-vous pour les humanistes. Carlo Di Antonio, n’obtenant pas de siège pour le Parlement wallon, était contraint de rentrer sur ses terres, à Dour, pour reprendre son titre de bourgmestre. C’était convenu avec son fidèle lieutenant, l’ex-bourgmestre f.f. Vincent Loiseau, qui a porté l’écharpe maïorale pendant près de huit ans (depuis septembre 2011, NdlR). Retour sur ces années de bourgmestre, mais aussi sur sa vie d’après.

© D.R.

Vous avez officié comme bourgmestre f.f. pendant quasi huit ans. Il y a une vie après celle de maïeur ?

"Il y a évidemment une vie après celle de maïeur. La vie est faite de changements, c’est ce qui la rend probablement aussi riche. Cette instabilité dans le monde professionnel a même tendance malheureusement à devenir la règle avec tous les drames sociaux qu’elle peut engendrer pour les centaines de personnes qui, malheureusement, se retrouvent sans emploi du jour au lendemain. Je n’ai donc pas le droit de me plaindre ! Même si j’adorais mon job de bourgmestre f.f., j’ai eu la chance de retrouver immédiatement mon poste à la direction du Centre scolaire Don Bosco de Quiévrain-Ghlin. Collaborer à la direction d’une école, car il s’agit bien d’un travail collaboratif, est tout aussi poignant que de diriger une commune : mes missions sont à la fois pédagogiques, administratives et sociales et constituent un élément majeur à la réussite et à l’épanouissement des jeunes qui font confiance à notre établissement."

La transition a-t-elle été difficile ? Et au niveau professionnel, cela n’a pas été trop compliqué ?

"Les premiers jours de cette transition rimaient avec inquiétude. Tout ce qui m’était familier (même si dans la gestion d’une commune, il n’y a pas de routine) fut remis en question. Dans une telle situation, il faut savoir s’appuyer sur des éléments sécurisants : en premier lieu ma famille bien sûr mais aussi le staff de direction, l’équipe éducative et le personnel ouvrier de mon école. Après trois semaines, la confiance se rétablit et, soutenu par mes équipes, les projets se multiplient dans ma tête."

Bourgmestre est une activité à plein temps. Comment vos proches ont-ils vécu ces huit dernières années ?

"Je dois bien vous avouer que pour l’instant, mes journées à l’école sont aussi remplies qu’à la commune. Plus sérieusement, ces huit dernières années furent passionnantes mais effectivement bien chargées au détriment, il est vrai, de mes proches. On ne peut pas exercer de telles responsabilités sans le soutien de sa famille. Mon regretté papa, ma fille, ma compagne m’ont pleinement soutenu et je tiens à les remercier chaleureusement. Je vais pouvoir à présent, du moins je l’espère, leur consacrer un peu plus de temps et me remettre assidûment à la pratique du cyclisme et de la batterie. Finalement, ce n’est pas si mal de ne plus être f.f."

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Avez-vous l'impression que le regard des gens ait changé depuis que vous n'êtes plus bourgmestre?

"Non, je n’ai pas le sentiment que le regard des gens a changé. Je pense avoir exercé cette fonction avec détermination mais surtout avec humilité, écoute et "proximité". "Faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux". Je la sors souvent celle-là mais je la dois à l’éducation de mes parents."

Quel est votre meilleur souvenir de bourgmestre ?

"Cela vous semblera peut-être dérisoire, mais c’est probablement la remise à mon papa, avec ma casquette de f.f., d’un mérite sportif communal, il y a quelques années. Il s’est énormément investi dans la formation (et donc l’éducation) des jeunes joueurs de foot d’Élouges et plus tard de Dour. Ce soir-là, j’étais fier du travail qu’il avait accompli, et je pense que de son côté, il était fier de moi."

Et votre moins bon ?

"Les inondations de mai 2018. En quelques minutes, plusieurs rues de l’entité de Dour ont été dévastées. Plusieurs familles ont été lourdement touchées, relogées et totalement sinistrées. J’ai déclenché le plan communal d’urgence et je suis resté en permanence aux côtés des habitants, des pompiers et des ouvriers communaux pour tenter de les soutenir. Fort heureusement les dégâts ne furent que matériels, mais leur détresse m’a fortement marqué."

Si c'était à refaire, que changeriez-vous?

"Je pense que je mettrais davantage en valeur le travail des équipes communales. Dans une commune, l’impulsion donnée par le collège est évidemment primordiale. Si nous menons tant de dossiers à Dour c’est parce que notre équipe est proactive. Mais la mise en œuvre, nous la devons aux équipes communales qui gèrent tout cela dans l’ombre. Il faut en être conscient et valoriser leur travail."

© Ca se passe à Dour

Avez-vous l’ambition de redevenir bourgmestre, ou être candidat à un autre niveau de pouvoir ?

"La concurrence est rude (rires) . Il est clair que je resterai à la disposition de Carlo pour les futurs scrutins communaux : il a su constituer une belle équipe, il m’a fait confiance et travailler à ses côtés me convient bien. Quant aux autres niveaux de pouvoir, ils ne m’attirent pas. Je souhaite avant tout être au contact des citoyens et contribuer directement à l’amélioration de leur bien-être. Je ne suis pas fait pour les hémicycles. Et puis vous savez, il faut pouvoir (re)connaître la limite de ses compétences."



Trois questions décalées

Si vous aviez une baguette magique?

"Je réduirais à une seule journée la durée des travaux dans Dour !"

Avec qui resteriez-vous bloqué dans un ascenseur?

"Je vais rougir... ma compagne, Véronique ! Plus sérieusement, Questlove, le batteur du groupe "The Roots". Son groove me fascine."

Qui vous ferait changer de trottoir?

"Samuel Umtiti ! Il nous a privés de notre première finale de coupe du monde."



Carlo Di Antonio : "C’était un luxe pour moi !"

Pour Carlo Di Antonio, qui a repris l’écharpe maïorale il y a peu, son remplaçant a fait de l’excellent travail. "C’était un luxe pour moi d’être ministre sans devoir m’inquiéter en permanence de ce qu’il se passait sur Dour. Vincent est quelqu’un d’efficace, de compétent et de fiable. Tout au long de ces années, nous étions tous les jours en contact."

© AVPRESS

Une complicité quotidienne qui a pourtant été mise à rude épreuve. "Ce n’est pas facile, effectivement. Lorsque l’on prend des décisions, il y a fatalement des déçus. Certaines personnes tentaient de passer au-dessus de lui pour que j’apporte une autre réponse, ce qui n’est finalement jamais arrivé, grâce à notre complicité. Ça n’a pas dû être simple pour lui ce genre de situation, tout comme celle de rendre l’écharpe maïorale pour des raisons qui ne sont pas liées à sa compétence. Même si on se l’est toujours dit, que le poste de ministre est un mandat intérimaire et que c’est une situation qui pouvait changer très rapidement."