Les serres de séchage de boue de la station d’épuration de Wasmuël auront donné du fil à retordre à l’IDEA. En septembre 2017, l’intercommunale chargée du traitement des eaux usées dans le Cœur du Hainaut inaugurait en grandes pompes ce dispositif innovant. Le projet, combinant énergie solaire et géothermie, devait permettre de sécher les boues récupérées des eaux usées et, transformées en pellets, de la valoriser via les filières agricoles et thermiques, tout en réduisant les coûts de transports.

Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Les riverains se sont plaints de fortes nuisances olfactives et IDEA s’est rendu compte que le traitement des odeurs initial n’était pas adapté. Ne parvenant pas à endiguer le phénomène à court terme, l’intercommunale a fermé les serres en mai 2018 et a réfléchi à une solution durable et acceptable pour les riverains.

Quatre an plus tard, les serres sont prêtes à être progressivement relancées, après la construction de nouvelles installations de traitement d’air.

Le processus, éprouvé, agit sur trois niveaux. De puissants extracteurs captent les poussières, principales sources d’odeur, qui ne seront plus dispersées par le vent. L’ammoniac est également capté à travers un processus maîtrisé de lavage de l’air. "De l’acide sulfurique va neutraliser l’ammoniac pour former un sel, le sulfate d’ammonium", explique Bernard Lallemand, le "monsieur serres" de l’IDEA. Enfin, une cheminée de 30 mètres de haut permet de diluer l’air traité dans l’air ambiant. Cet équipement a été modélisé suite à des études atmosphériques pour garantir son efficacité optimale.

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Un plan à 40 millions €

Cette solution doit permettre de réduire drastiquement les odeurs et de respecter les normes en vigueur. Mais ce n’est pas la seule mesure prise par l’intercommunale, pour qui la fermeture des serres a servi de déclencheur à la mise en place d’un "masterplan odeurs" pour toute la station d’épuration de Wasmuël.

"Nous nous sommes posés et nous sommes demandés comment prendre à bras le corps les problèmes du site, en s’intéressant à l’ensemble des ouvrages", explique la directrice d’IDEA Caroline Decamps. Car les serres n’étaient pas la seule source de mauvaises odeurs dans cette station d’épuration en service depuis un demi-siècle. Une étude olfactométrique globale a été menée et un plan d’investissement de 40 millions € a été adopté en partenariat avec la SPGE pour améliorer les performances environnementale de la station et réduire ses nuisances olfactives d’ici 2026.

En conséquence, le pertuis de plus de 5 km acheminant les eaux usées depuis Mons, récemment curé, va disparaître pour être mis sous terre. "Cela permettra d’économiser de l’énergie puisque nous n’aurons besoin que d’une station de pompage pour redescendre les eaux" au lieu d’une dizaine aujourd’hui.

Autre mesure, tous les ouvrages (bassins de décantation…) seront couverts. De quoi changer l’air des riverains, qui ont été informés de toutes les étapes de la réflexion et de la remise en route des serres. Après des essais à blanc, celles-ci devraient à nouveau sécher les boues en septembre.

La station de Wasmuël est la deuxième plus grande de Belgique, traitant 16 millions de m³ d’eaux usées par an, émises par environ 250 000 habitants.