Le 12 septembre 2016, à Quaregnon, Rachid Zatar, 38 ans, est abattu par balles sur la terrasse du café l'Apéro. Le prévenu prétend que c'est la victime qui était armée. Menacé, il s'est saisi de l'arme, l'a retournée et un coup de feu est parti lors d'une bousculade. Le ministère public ne croit pas à cette version et évoque une exécution.

Représentant le frère de la victime, Me Ricardo Bruno a déclaré que des témoins ont dépeint la victime comme "une crapule". L'avocat a contesté ces témoignages de proches du prévenu. "Personne n'a vu la victime avec une arme en main", a déclaré l'avocat, lequel estime que l'intention de tuer est établie dans le cadre de ce dossier. "L'arme, un calibre 7.65, est une arme létale", dit-il.

L'avocat a ajouté qu'il y avait eu trois tirs, et non un comme le prétend le prévenu, visant le thorax, alors que la victime était assise sur la terrasse. "Je ne crois pas à la thèse du petit qui a désarmé le gros, à deux reprises", a déclaré le pénaliste qui n'accorde aucun crédit aux explications du prévenu.

Le substitut du procureur du roi ne croit pas à un tir accidentel. Pour lui, l'intention de tuer est établie. "Il y a eu trois tirs, cela a été constaté lors de la descente, par les experts. Il a consciemment, délibérément, tiré à trois reprises", a déclaré le magistrat. "La victime mesurait vingt centimètres de plus que le prévenu et les trajectoires des tirs sont descendantes. Les explications du prévenu ne collent pas. Il a tiré quand la victime était assise, cela ressemble à une exécution".

Le magistrat du parquet a déclaré que le comportement du prévenu après les faits démontre son état d'esprit, "il s'est débarrassé de l'arme, de ses vêtements et il a pris le maquis en Italie durant deux mois". Il a écarté la légitime défense. Par contre, il ne conteste pas l'excuse de provocation retenue par la chambre des mises en accusation.

L'avocat de la défense, Me Discepoli, a critiqué le réquisitoire. "Ce que dit le ministère public aujourd'hui est contraire à ce que dit la chambre des mises en accusation. C'est la victime qui était armée ! Les violences graves à l'égard de mon client sont établies par la téléphonie et les témoignages", a insisté l'avocat.

Le 24 août 2016, Rachid aurait effectué des démarches pour avoir le numéro du prévenu. Quelques jours plus tard, Luigi aurait été menacé par Rachid dans une autre taverne, car ce dernier voulait qu'il rembourse les dégâts occasionnés sur sa voiture. "Il insiste, il menace et il frappe, mais mon client ne réagit pas", a déclaré le pénaliste.

Le 9 septembre 2016, Rachid aurait menacé Luigi par téléphone. Ce dernier étant surveillé par un proche de Rachid. Trois jours plus tard, le drame se jouait sur la place de Quaregnon.

Pour la défense, les coups de feu étaient accidentels, "aucune expertise ne démontre que cette version est impossible", et l'intention de tuer n'est pas établie. "C'est un racket qui a mal tourné", a résumé Me Discepoli.

Luigi avait écopé d'une peine de travaux forcés aux assises pour un vol avec circonstance aggravante de meurtre, il y a quarante ans. Il a aussi été condamné en Italie.

Le jugement sera prononcé lors de l'audience du 14 février.