Le célèbre réalisateur est venu présenter Le Couperet pour la 35e édition du FIFM.

Le Festival international du Film de Mons rend hommage à la société de production des Frères Dardenne en projetant l’un des films qui a bénéficié de leur soutien, Le Couperet. Rencontre avec son réalisateur, Costa Gavras, qui malgré la renommée, rencontre toujours des difficultés à faire des films.

Dans une interview, votre fils, Romain Gavras, expliquait que les Disney étaient interdits à la maison. Pourquoi ?

Disney fait le même film depuis 70 ans ! (Rires) C’est du pur "entertainment" , on tient le spectateur en haleine pendant deux heures et après, on le renvoie à la maison et la vie continue. Je pense que le rôle du cinéma est de parler de nous, de la société, de ce qui s’y passe, en apportant un regard subjectif.

Votre fils disait que le Roi Lion finalement, c’est un film royaliste avec des valeurs pas très recommandables…

C’est un film qui est très bien fait. Mais c’est une image terrible de la société. Dans la réalité, le lion bouffe tout le monde. Mais dans le film, on nous montre qu’il est le chef devant lequel tout le monde se prosterne. C’est une référence au royalisme et même au fascisme avec un culte du chef comme on pouvait en trouver sous Hitler, Franco ou Mussolini.

Comment le fonctionnement de l’industrie du cinéma peut-il influencer les valeurs qui passent à travers les films ?

Ça a tendance à formater les films. Par exemple, les "happy ends" sont une règle rarement contournée, alors qu’on sait que dans la vie, ce n’est pas toujours le bien qui gagne. Mais on peut tout de même trouver de bonnes choses dans le cinéma américain. Les Temps modernes de Charlie Chaplin par exemple est un film formidable qui parle d’aujourd’hui.

Ce serait encore possible de faire un film comme celui-là aujourd’hui ?

Ce serait plus difficile. Notamment parce que les films sont financés par les télévisions. Et comme l’a dit un grand patron d’une télévision française, sa mission est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola. Les films sont donc financés par des structures qui ne veulent pas que les gens réfléchissent. Les distributeurs et les financeurs suivent la tendance.

Pour un réalisateur qui va à contre-courant, comment faire un film ?

En France, on a un système qui fonctionne plutôt bien. On fait environ 300 films par an. Beaucoup de femmes peuvent faire leur film, ce qui était rare au début. Et chaque année, on donne aussi la possibilité à une trentaine de jeunes de faire leur premier film. Un cinéma national ne peut pas exister sans une volonté politique nationale d’avoir un cinéma. L’État doit participer, avec de l’argent, mais aussi avec des lois qui soutiennent. Si on laisse uniquement les règles du marché, on se retrouve uniquement avec des films formatés.

Rencontrez-vous encore des difficultés pour faire des films ?

Bien sûr, à chaque fois ! Déjà pour Z, nous avons eu des difficultés noires. Ça a été possible grâce à la passion du producteur Jacques Perrin et l’aide des Algériens qui nous ont permis de tourner sur place. Pour mon dernier film, Adults in the Room, ça a été très difficile de trouver l’argent. Car ce n’est pas un sujet facile, la crise grecque, et il n’y a pas d’acteurs connus. Si je voulais faire une comédie ou un film d’action, je n’aurais pas de problème.

Un message pour les jeunes réalisateurs qui ne veulent pas faire des films hyperformatés ?

Il faut avoir la passion du cinéma et la suivre jusqu’au bout, sans essayer de faire des films comme les autres.