Dans le sillage des discussions qui crispent nos voisins français, chaque mesure prise lors de la crise sanitaire entraîne aussi son lot de débats chez nous. L'élargissement du covid safe ticket n'y échappe pas. Mercredi déjà, avant que la mesure en vigueur à Bruxelles et à Liège ne soit officialisée pour toute la Wallonie, des acteurs et actrices du secteur montaient au créneau pour dénoncer un mécanisme contraire à "toutes les valeurs défendues par la culture". Et d'annoncer qu'ils refuseraient de participer "à la division de la société et à la stigmatisation".

À Mons, le contrôle des QR codes à l'entrée des salles de spectacle ne va pas mettre le feu aux poudres. Et pour cause, au Théâtre royal, il a déjà été adopté. Pour rappel, la salle de quelque 1.000 spectateurs a l'habitude d'accueillir de grosses productions et ne peut pas être rentable en dessous d'un certain seuil. Dès que l'occasion s'est présentée, le directeur Salvatore Anzalone a donc sauté sur le covid safe ticket pour pouvoir sortir d'un très long confinement. La vie a repris au théâtre et dans les prochains jours, Laura Laune, Pierre Perret ou encore Marc Lavoine viendront en fouler les planches.

Pour le Manège et les autres salles de MARS, on s'adaptera. "Jusqu'à maintenant, on profitait de la réglementation qui nous permettait de fonctionner normalement en dessous de 200 places, la jauge devant monter à 500 à partir du mois d'octobre. Si cette possibilité nous est enlevée et qu'il faut passer par un covid safe ticket, on s'adaptera", explique Philippe Degeneffe.

Le directeur de MARS est aussi le président de la Fédération des Employeurs des Arts de la Scène, la FEAS. Et la fronde contre le covid safe ticket n'est manifestement pas généralisée. "Au sein de la fédération, nous avons eu un débat. Dans un premier temps, ça ne concernait que les Bruxellois. Et nous avons décidé à l'unanimité de laisser les politiques prendre les décisions nécessaires et que si cela devait passer par le covid safe ticket, on le mettrait en place", poursuit Philippe Degeneffe. "Quatre théâtres qui font partie de la FEAS ont décidé de faire cavalier seul et ont fait ce communiqué avec d'autres institutions. C'est leur position, mais la FEAS n'a pas changé d'avis."

Si le secteur culturel parlait d'une seule et même voix pour sortir du confinement, les violons semblent se désaccorder autour du fameux covid safe ticket. Pour Philippe Degeneffe, c'est le pragmatisme qui prévaut. "On ne veut pas repasser par un confinement et je refuse de rentrer dans un débat philosophique. C'est un sac de nœuds, impossible de mettre tout le monde d'accord. Pour moi, la question est sanitaire avant tout, et c'est aux politiques prendre les décisions en leur âme et conscience."

Le Montois se demande d'ailleurs comment les signataires de l'appel contre le covid safe ticket vont joindre le geste à la parole. "Je suis curieux de voir comment ça va se passer, car il m'a déjà été confirmé qu'à Bruxelles, il y aurait des contrôles. Et des amendes sont prévues tant pour les organisateurs que les spectateurs."