On parle beaucoup de nos voisins du Grand-Duché ces derniers jours. Et pour cause, le coup d'envoi jeudi du Luxembourg City Film Festival rappelle que là-bas, depuis la mi-janvier, les salles de spectacle sont déconfinées. Les Luxembourgeois ne sont pourtant pas sortis de la pandémie. Mais avec toutes les précautions nécessaires, les salles de spectacle ne sont pas considérées comme des foyers de propagation. Quant à la culture, elle est considérée comme essentielle. De quoi faire saliver de ce côté-ci de la frontière?

"Ça rejoint ce qu'on dit et répète depuis des mois", réagit Philippe Degeneffe, directeur de MARS. "Nous avons encore eu une réunion avec la ministre de la Culture il y a quelques jours et nous tapons toujours sur le même clou: les études qui ne pointent pas les salles de spectacle, les protocoles mis au point qu'on s'engage à faire respecter, l'importance pour l'équilibre mental de la population, la nécessité de travailler pour les acteurs du secteur ou encore les arguments économiques… La ministre se bat pour défendre ces arguments, mais force est de constater qu'elle n'est pas assez entendue par ses collègues politiques et par les experts qui semblent les plus difficiles à convaincre."

Des experts qui rédigent des rapports que Maxime Dieu ne manque jamais d'éplucher. "Apparemment, ce ne sont pas tant les salles qui inquiètent, mais tout ce qui a autour comme les entrées, les sorties ou même les toilettes", commente l'administrateur-délégué du Festival de Mons. "Mais il est possible de mettre en place des protocoles pour gérer les flux du public. Et pour nous qui sommes des professionnels de l'organisation, il est tout à fait possible d'appliquer les consignes. Évidemment, la réalité luxembourgeoise n'est pas la même, ce n'est pas la même échelle. Mais la fermeture des salles, sur un temps aussi long, paraît de plus en plus disproportionnée. Nous attendons donc des perspectives, même si la réouverture n'est pas pour tout de suite."

Sur MARS, on espère pouvoir rouvrir les portes le mois prochain. "La ministre Linard parle d'un printemps de la culture. Bon, le printemps c'est du 20 mars au 21 juin. J'espère tout de même que nous pourrons reprendre plutôt en mars ou en avril qu'en juin", sourit Philippe Degeneffe.

Pour le Théâtre royal de Mons, il faudra se montrer plus patient. "On sait qu'on ne va pas tout déconfiner d'un coup. Au Luxembourg d'ailleurs, on ne travaille pas avec des salles pleines. Or, pour des acteurs privés comme nous, il faut un certain seuil de rentabilité", explique Salvatore Anzalone. "Dans un premier temps, nous allons certainement nous retrouver dans la même situation qu'en été dernier, où la culture subsidiée pourra tout de même reprendre ses activités. Pour le privé, nous espérons une reprise en septembre. Il nous faut en tout cas des perspectives, car la machine ne peut pas être relancée du jour au lendemain. Il faut aussi des aides dignes de ce nom, comme il y en a pour la culture subventionnée et comme il y en a en France pour les entreprises privées. C'est d'ailleurs l'une des grandes revendications de la Fédération de la culture indépendante qui vient d'être créée."