Un café de plus baisse définitivement le rideau sur la Grand-Place de Mons, et pas n'importe lequel. Véritable institution dans la Cité du Doudou, le No Maison était depuis des lustres le repère de nombreux fêtards et bonnes fourchettes. Mais la crise n'a pas épargné l'établissement repris en 2018 par Carole Vincenzutto.

On le sait, le secteur horeca a pourtant bénéficié de primes pour garder la tête hors de l'eau. La Ville de Mons a même été la première du pays à mettre en place des aides communales pour soutenir ses commerçants locaux. Mais le No Maison n'en a pas vu la couleur, car il n'était pas en ordre de lois sociales. Il faisait partie de ces établissements montois qui comptaient sur le Doudou pour renflouer les caisses. Chaque année, la Ducasse représente selon les cafés entre 20 et 50% du chiffre d'affaires.

"Nous avons été privés du Doudou deux années de suite. Nous n'avons pas eu la fête de la bière et le marché de Noël s'est déroulé en mode mineur. Toutes ces annulations nous ont porté un coup fatal dans le contexte de la crise", explique Carole Vincenzutto, le cœur lourd.

La gérante n'a pas été aidée non plus par le propriétaire du bâtiment qu'elle occupe, le groupe brassicole AB InBev. Aucun geste sur le loyer exorbitant, malgré la crise. Une situation que dénonce Mickaël Hacourt de l'association des commerçants de la Grand-Place. "La plupart des bâtiments de la Grand-Place sont loués à de grands propriétaires, voire à des multinationales, à travers des contrats valables une dizaine d'années. Les conditions étaient acceptables au départ, mais ces quatre dernières années, il y a eu des variations profondes qui se sont aggravées avec la crise sanitaire", pointe Mickaël Hacourt.

Le Comte de Flandres, le Royal, le Cocoon, la Corde ou encore le Nota Bene ont laissé des bâtiments vides sur la Grand-Place de Mons. Mickaël Hacourt craint de vivre le même phénomène que celui enduré par la Grand-Rue il y a plusieurs années, quand des loyers surréalistes étouffaient l'activité commerciale. "On camoufle la chose en élargissant les terrasses, mais nous avons perdu près d'un tiers des commerces sur le plateau de la Grand-Place."

Pour stopper l'hémorragie, le Montois suggère plusieurs pistes. Lutter contre la spéculation immobilière évidemment. Mais aussi renforcer l'attractivité des lieux. "Organiser des événements le week-end, c'est facile. Mais il faut aussi de l'animation en semaine." Un véritable défi, d'autant plus que l'activité des cafés manque d'uniformité. "Il y en a trop qui ferment le lundi soir par exemple." Il suggère également de lutter contre le sentiment d'insécurité, notamment en renforçant l'éclairage sur la Grand-Place. Mickaël Hacourt n'est pas optimiste sur les prochains mois. Entre l'hiver qui ne permettra pas de profiter des terrasses et l'introduction du Covid Safe Ticket qui va compliquer la gestion des cafés, les temps s'annoncent durs pour le secteur horeca, tout particulièrement sur la Grand-Place. "Tout le monde ne va pas passer l'hiver", conclut Mickaël Hacourt.