Pour la défense, le policier n'est pas coupable d'un homicide involontaire par défaut de prévoyance et de précaution, "mais il se sent coupable sur le plan psychologique".

Il n'est pas non plus un chasseur de migrants. "Ce n'est pas son boulot, Il s'agit ici d'arrêter un chauffeur fou condamné dans le cadre d'une association criminelle. Arrêter ce comportement-là, c'est légitime !", a plaidé Me Kennes.

La camionnette a fui, obligeant la police de la route de Namur à appeler des renforts montois. "Tous pensent à un vol cargo, tous ! Les Namurois ont essayé de faire une manœuvre obligeant la camionnette à sortir à Sambreville. Le chauffeur fait mine d'obéir mais, au dernier moment, donne un coup de volant vers la gauche pour percuter une voiture de police et passe devant la voiture de police sur l'accotement herbeux, à plus de 90 km/h. Le véhicule de police heurte alors un autre véhicule. La course poursuite fut violente et les migrants présents dans la camionnette ont crié au chauffeur de s'arrêter", raconte l'avocat.

Elle s'est poursuivie vers la frontière française et donc vers Mons. Le véhicule de la police de Mons s'est retrouvé sur la gauche de la camionnette transportant des migrants, à une distance de 78 centimètres. "À deux reprises, ils ont failli faire un tonneau. Ils n'ont pas eu peur des chasseurs de migrants mais des passeurs de migrants !"

Selon la défense, les autres moyens pour arrêter la camionnette - une herse dressée sur la route ou tenter de ralentir la voiture en passant devant - étaient trop dangereux. Le risque était d'avoir une vingtaine de victimes, entassées dans une camionnette.

Le policier a choisi de tirer dans le pneu avant gauche de la camionnette. Une crevaison lente est moins dangereuse que le risque de tamponner une camionnette, selon les expertises. "Il faut bien toucher le flanc du pneu. Il a respecté la formation qui lui a été donnée huit ans plus tôt, car les deux véhicules étaient l'un à côté de l'autre", expose la défense. L'accusation répond qu'il n'était pas un tireur aguerri et qu'il n'était pas entrainé.

Me Kennes ajoute qu'il fallait arrêter la voiture avant la frontière, afin de ne pas passer le relais à la police française tandis que l'avocate générale lui rétorque que les accords de Tournai permettent à la police belge de poursuivre des fuyards en France.

L'avocat a plaidé l'acquittement de son client qui n'aurait commis aucune faute. À défaut, il estime qu'une mesure de faveur s'impose, telle que la suspension du prononcé de la condamnation. L'accusation reste sur ses positions, le policier connaissait le risque et le critère de proportionnalité n'est pas établi, selon elle.

Enfin, lors des répliques, l'avocate générale s'est insurgée contre la plaidoirie de Me Benkhlifa, avocate des parents de Mawda, qui plaidait pour laisser filer la camionnette. "Il y avait un passeur condamné pour sa participation active dans un trafic de migrants avec circonstances aggravantes. Cette procédure a permis de lancer un mandat international à son encontre, à son interpellation et à des condamnations à Liège et Mons. Le rôle de la justice et de la police est de lutter de manière active contre ceux qui abusent de la faiblesse des autres pour gagner de l'argent. Dire qu'il y a eu des manipulations entre la police et le ministère public, je ne peux et je ne veux pas l'entendre !"

Le prévenu a déclaré qu'il soutenait les associations qui luttent contre la migration clandestine mais qu'elles se trompaient de cible. Il a présenté ses excuses à la famille de Mawda et à la sienne.

En première instance, il avait été condamné à un an de prison avec sursis.