La capitale culturelle wallonne regorge de musées, surtout depuis le boom de 2015. Mais il y en a un qui brille par son abandon, c'est celui du chanoine Puissant. Voilà une vingtaine d'années qu'il a fermé ses portes et depuis, le bâtiment subit les affres du temps qui passe. À l'arrière du site, la chapelle Sainte-Marguerite fait encore plus mauvaise mine. Construite en 1252, elle constitue pourtant l'un des plus vieux bâtiments de la Cité du Doudou. Plus ancienne encore que la collégiale Sainte-Waudru. C'est dire tout son intérêt patrimonial.

La chapelle Sainte-Marguerite n'est pas seulement remarquable par son ancienneté. Le chanoine Puissant y est enterré et elle abrite en outre un pavillon de style Renaissance, démonté dans les années 60 et unique en Belgique. Mais pour l'heure, ce sont surtout les mauvaises herbes qui portent un intérêt particulier à l'ensemble. La rénovation du site avait bien été évoquée dans le cadre de Mons 2015, mais elle est passée dans la case des projets qui n'ont pas abouti.

En 2017, Savine Moucheron, alors échevine de la Culture et Nicolas Martin, alors échevin du Patrimoine, annonçaient un montant de 200.000 euros pour rénover le pavillon et mener de premiers travaux sur la chapelle. Mais le chantier n'a jamais été lancé. "Il y a eu un changement de majorité depuis et les budgets que j'avais fait inscrire au collège n'ont pas abouti", explique Savine Moucheron. L'opération n'est manifestement pas une mince affaire, tant l'état de la chapelle est vétuste. "On ne peut pas y rentrer n'importe comment, car il y a un risque d'effondrement. Il faudrait d'abord sécuriser le bâtiment, sortir le pavillon pour le rénover puis s'occuper de la chapelle dans un deuxième temps."

Passionné d'archéologie, le chanoine Edmond Puissant avait amassé un véritable trésor tout au long de sa vie. Il espérait sans doute un meilleur destin à son héritage lorsqu'en 1933, un an avant sa mort, il léguait à la Ville de Mons la chapelle Sainte-Marguerite et le Vieux-Logis avec toutes les œuvres que les deux bâtiments contenaient. Le Vieux-Logis est donc devenu un musée définitivement fermé depuis 2004. Quant aux œuvres, celles qui n'ont pas disparu ont été disséminées sur différents sites: collégiale Sainte-Waudru, Artothèque, bibliothèque centrale de l'UMons ou encore Château d'Havré.

La chapelle Sainte-Marguerite quant à elle, est à un pas de tomber en ruines. Le conseiller Emmanuel Tondreau (MEM) l'a rappelé lors du dernier conseil communal, évoquant un édifice recouvert de bâches imposantes, assailli de lierres, manifestement pas chauffé et dont les fenêtres sont bouchées par des panneaux en carton ou en bois. "La Ville laisserait-elle les bâtiments historiques dont elle est propriétaire à l'abandon?", s'est inquiété le conseiller d'opposition.

Échevine de la Culture, Catherine Houdart a souligné que l'intérêt patrimonial et culturel du site était incontestable. "Sa revalorisation n'est pas un dossier qui reste sans volonté d'action dans le chef du collège", a indiqué l'échevine. Mais la fin et les moyens rendent manifestement le dossier délicat.

La Ville ne serait pas disposée à injecter des sommes considérables pour rénover la chapelle. Elle chercherait dès lors des partenaires afin de développer un projet. Des contacts ont été pris avec l'UMons qui a réalisé un travail remarquable à la chapelle des Visitandines. Mais le testament du chanoine complique la tâche. Il a fait de la Ville la propriétaire des lieux tout en souhaitant y maintenir une vocation spirituelle. Et le chanoine y effectue toujours son dernier sommeil. Autrement dit, la Ville ne peut pas céder le site au premier promoteur venu pour y effectuer n'importe quoi. Ce n'est d'ailleurs pas l'intention manifestée par le collège qui cherche tout de même à élargir sa marge de manœuvre. Un premier expert juridique a ainsi été consulté fin 2019 et une seconde consultation vient d'être commandée. Pas simple… "Notre intention n'est certainement pas de vendre le site. Nous étudions différentes pistes pour pouvoir le valoriser. Il faudrait déjà pouvoir rendre le jardin à nouveau accessible. Mais pour cela, il faut aussi pouvoir sécuriser la chapelle dont l'intérieur ne doit pas forcément être accessible", conclut Catherine Houdart. Des financements devraient être sollicités, auprès de la Région wallonne ou des fonds FEDER dont la prochaine fournée couvrira la période 2021-2027. Le sommeil du chanoine ne risque donc pas d'être perturbé de sitôt.