Ça n'arrive pas tous les jours, mais Mons comptera bientôt une citoyenne d'honneur de plus. Le collège a en effet décidé d'honorer Léonce Descamps, résistante durant la Seconde Guerre mondiale. Un titre déjà décerné à son mari aujourd'hui décédé, Maurice Berdal, qui était rescapé des camps de concentration. Avec son épouse, ils ont longtemps œuvré ensemble au devoir de mémoire, sensibilisant les jeunes générations aux affres de la guerre.

Aujourd'hui, Léonce Descamps, âgée de 93 ans, vit sa retraite à la Maison Marie Immaculée de Neufvilles. Mais à 15 ans, en décembre 1943, celle qui était alors une jeune Montoise décidait d'entrer dans la Résistance. Durant près de deux ans, Léonce Descamps a mené la vie dure à l'occupant allemand: vol de munitions, clous déversés sur la route, sucre injecté dans les carburateurs de voitures et de camions… Elle a aussi pris part aux opérations libératrices d'Audregnies. En juin 44, elle réussit même à organiser l'évasion de son chef de section de l'Armée secrète, retenu à l'hôpital civil de Mons sous bonne garde. Le commandant de l'Armée secrète saluera "son courage et son sang-froid" qui ont fait "l'admiration de tous".

On peut voir Léonce Descamps dans le documentaire "Résistantes" réalisé par Mehdi Semoulin de Magicowl, en partenariat avec le Mons Memorial Musueum. Elle y explique notamment comment très jeune déjà, lui est venue la volonté de s'engager. "J’étais sur les routes de France à l’évacuation et j’ai vu des choses horribles", raconte Léonce Descamps dans le remarquable documentaire. "C’est-à-dire nous étions en files, vraiment des files de gens qui se suivaient à pied, il y avait de temps en temps une voiture ou une charrette, mais la plupart était à pied. Et là, on a commencé à nous mitrailler, bombarder, il y avait du sang partout. Il y avait du sang partout et il y avait énormément de gens qui étaient morts sur la route, et quand maman a dit qu’on reprenait la route, j’ai tourné la tête sur le côté et j’ai vu un petit garçon avec sa main comme ça, et je me dis, tiens maman il y a un petit garçon qui pleure là-bas, mais elle me dit il a certainement perdu ses parents, va le chercher, j’ai trois enfants, mais un de plus ne fera rien, et quand je suis allée pour chercher le petit garçon, je l’ai retourné et le sang coulait de sa bouche, il était mort. Et là, je me suis mise devant lui et je lui ai juré de le venger."

Le collège a donc proposé de décerner à Léonce Descamps le titre de Citoyen d’Honneur de la Ville de Mons et de lui attribuer le brevet et la médaille honorifique "en raison de ses faits de guerre dans la Résistance, de ses mérites et de sa notoriété à défendre le devoir de mémoire et à instruire les plus jeunes de ce qu’a été la vie et le vécu des agents de l’ombre durant la Seconde Guerre mondiale." La procédure était engagée depuis un moment, mais la crise sanitaire a retardé les démarches. Les autorités montoises ont toutefois pu rendre visite à Léonce Descamps à sa maison de repos au printemps dernier. Et on sait déjà que la Résistante a accepté l'honneur qui lui était fait.

Quant au documentaire "Résistantes", il avait été présenté en avant-première lors du dernier Festival de Mons, puis diffusé lors d'une soirée spéciale sur Télé MB. On peut toujours le découvrir au Mons Memorial Museum.