C'est en quelque sorte le musée de l'Université de Mons, un temple de diffusion des sciences, des arts et autres curiosités qui est venu se nicher dans la Chapelle des Visitandines récemment rénovée. Le MUMons prépare pour l'occasion une exposition inaugurale et vient de faire une étonnante découverte en mettant la main sur des planches pédagogiques entoilées.

Elles trainaient des les greniers de la faculté Polytechnique et on peut parler de véritables chefs-d'œuvre qui remontent au début du 20e siècle. L'une d'entre elles par exemple représente des siphonophores, cousins des méduses. Elle a été réalisée par Comingio Merculiano (1845-1915), illustrateur à la station zoologique de Naples à partir de 1885. "Les couleurs vives et les détails nets créent une magie de qualité, mêlant enseignement et fascination de la diversité du monde naturel. Le rendu des animaux vivants chez Merculiano était tellement inégalable, que les scientifiques qui le supervisaient se reposaient entièrement sur l’artiste", relève l'équipe du MUMons.

Une autre planche, imprimée et éditée par Theodor Fischer à Cassel, met en lumière l'iguanodon. Ce dinosaure herbivore a marqué l'histoire de la région. L'équipe du MUMons rappelle en effet qu'en 1840, alors que le village de Bernissart connaissait un important développement industriel, le creusement de plusieurs fosses à charbon avait permis la découverte d'une trentaine de squelettes d'iguanodons.

"Ces planches pédagogiques ne semblent plus avoir été utilisées depuis de nombreuses années. Elles avaient été enroulées et stockées depuis lors. Pour pouvoir les étudier plus en détail, les préserver et les valoriser, nous avons entrepris un inventaire minutieux de cette imagerie pédagogique", indique l'équipe du MUMons. "Une fois l’inventaire terminé, vous pourrez admirer ces planches entoilées en vous rendant sur le catalogue en ligne des collections de l’UMons."

Pour mettre la main sur ce petit trésor, l'équipe du MUMons a dû mener sa petite enquête. Tout est parti de la découverte de photographies de 1905, parues dans l'ouvrage de l’École des Mines de Mons, l'ancêtre de la Faculté Polytechnique. À l'époque, la nouvelle aile du bâtiment de la rue de Houdain était en construction. L'attention des experts du MUMons a été attirée par ces grandes toiles pédagogiques qu'ils ont pu observer sur certains clichés du laboratoire de paléontologie. Curieux de savoir si ces toiles étaient toujours là, ils ont pris contact avec Nicolas Dupont, chercheur de la Polytech, et ont fini pas remettre la main sur ces petits bijoux pédagogiques.

Un dernier mystère était résolu dans la foulée. L'équipe du MUMons a en effet découvert sur la magnifique toile de Merculiano des petites étiquettes blanches occultant des informations qu'un rayon lumineux passé sous la planche a permis de déchiffrer. Il s'agissait en fait d'inscriptions en allemand concernant l'éditeur de la toile. Pourquoi avaient-elles été cachées? L'équipe du MUMons avance deux hypothèses: empêcher les soldats allemands qui occupaient la Faculté Polytechnique durant la Première Guerre mondiale de les emporter en Allemagne; ou éviter leur destruction par les membres du Comité de ravitaillement ou les Alliés, stationnés au poste de commandement britannique dans la Faculté Polytechnique à la fin de la Première Guerre mondiale. Mission accomplie dans tous les cas. La toile de Mercualiano a échappé aux affres de la guerre et retrouve la lumière du jour, plus de cent ans plus tard.

© D.R.