On les a applaudis au cœur de la tempête, on les a salués comme des héros, eux qui étaient en première ligne pour affronter la pandémie… Pourtant, aujourd’hui, le personnel soignant a manifesté sa colère sur la Grand-Place de Mons. Il réclame plus de moyens pour les hôpitaux.

« Tous les services des hôpitaux en général, et particulièrement ceux des urgences, sont en train d’étouffer. Nos gouvernements nous font des promesses, mais ne nous donnent aucun moyen concret. Pourtant, avec la crise covid, tout le monde est au bout du rouleau », explique Alain du CHwapi. Et ce manque de moyens a des répercussions très concrètes. « L’accord non-marchand prévoit par exemple la possibilité de prendre trois semaines de congés consécutifs. Mais les directions n’engagent pas des effectifs pour pallier les absences. Si bien que le personnel va devoir prester des heures supplémentaires pour obtenir ces semaines de congés. Ce n’est pas normal, le personnel est à bout. »

Le fonds des blouses blanches et ses 400 millions d’euros devaient pourtant permettre au personnel de soignant de respirer. Mais pour Alice, infirmière aux soins intensifs de Saint-Joseph depuis 17 ans, le fonds n’a pas pu être bien utilisé. « On manque de personnel, car il y a un manque d’attractivité de la profession. Les jeunes ne se lancent plus. Les études d’infirmières sont passées à quatre ans. Pour les infirmières spécialisées, c’est même passé à cinq ans. Dans certaines autres professions, c’est considéré comme un master. Mais pas chez nous. On sera payé de la même manière qu’un gradué. Ca démotive les jeunes, d’autant plus que les conditions de travail dans les hôpitaux sont difficiles. »

Importer la main-d’oeuvre qui manque ? Au Royaume-Uni, si vous vous cassez une jambe, il y a de fortes chances que l’infirmière qui vous soigne soit roumaine ou polonaise. Mais pour les Montoises qui manifestaient ce matin, c’est une fausse solution. « Il y a une pénurie dans ces pays qui exportent leur main-d’oeuvre, ça ne fait que déplacer le problème. De plus, nous avons une formation de grande qualité en Belgique. Ce qu’il faut, c’est rendre le métier plus attractif », souligne cette déléguée syndicale.

Pas facile cependant de faire entendre sa voix quand on fait partie du personnel soignant. « Au CHwapi, plus de 50 % du personnel est en grève. Il n’est pas possible d’assurer la gestion optimale des urgences. Donc la direction a eu recours à des réquisitions », poursuit Alain. « La journée est pourtant couverte par le préavis de grève. Et un service minimum avait été mis en place. Pas pour faire tourner les urgences de manière normale, mais pour pouvoir prendre en charges les cas les plus sérieux. On ne prend pas la population en otage, contrairement à la direction qui met la pression sur les travailleurs pour qu’ils reviennent. Il y a eu des réquisitions aux alentours de quatre heures ce matin ! On reporte la pression sur le travailleur en fait. »

Ce n’est plus le coronavirus qui met la pression sur le personnel soignant. Pourtant, cette pression ne retombe pas. La situation est vécue difficilement dans les hôpitaux. « On nous a félicités. Et maintenant que la crise passe, on nous oublie. On a des infirmières qui sont à bout, et personne pour prendre la relève. On va finir par soigner des collègues qui feront un burn-out ou développeront d’autres traumatismes. Il est grand temps que le monde politique se réveille », conclut cette infirmière montoise.

© G.La