L’industrie du cinéma n’est plus un monde d’hommes où les femmes maquillent et font le café. Pour le montrer, le Festival de Mons organise chaque année une conférence dédiée aux professionnelles du cinéma belge. Lundi soir, quatre productrices étaient réunies au Plaza pour échanger sur leurs expériences et pour ouvrir une réflexion sur la place des femmes dans l’industrie cinématographique francophone. Pour cette édition, le FIFM a voulu rassembler des professionnelles des métiers de la production afin d'échanger sur leurs expériences individuelles, mais aussi d'ouvrir une réflexion plus large sur la place des femmes dans l'industrie cinématographique belge francophone.

Quatre productrices dont les films sont sélectionnés au festival ont échangé lundi soir au Plaza Art sur leur métier d'équilibristes. "On est toutes confrontées aux mêmes problématiques liées au fait de faire un produit culturel lié au marché. Le producteur est au milieu des mondes artistique et financier, jonglent avec tous les intervenants et les financeurs, à qui il faut chacun rendre des comptes", résume la productrice exécutive bruxelloise Ana da Costa, une des participantes de la table ronde.

Concernant la place des femmes dans le cinéma, celle-ci progresse "naturellement, un peu comme en société, sans devoir obliger à engager des femmes." Les équipes évoluent et se mélangent aussi culturellement. "Le cinéma peut avoir beaucoup de soucis, comme on a vu avec #metoo, mais c'est aussi un milieu très éclectique, où tout le monde peut être intégré et faire partie d'une équipe, quel que soit le niveau d'étude."

Toujours plus de diversité

Sur les plateaux, les verrous sautent. "Avant il y avait clairement des catégories pour les femmes et les hommes. Les femmes étaient toujours dans les postes de costumières, maquilleuses, scriptes, et les hommes dans les rôles plus physiques: chef machines, électricien, chef opérateur…Aujourd'hui, on voit un vrai mélange, même dans les équipes de production. J'ai toujours des directrices de production, des cheffes décoratrices, des directrices artistiques…Ce sont des choses qui se font naturellement."

Les réflexions machistes quand une fille débarque à un poste de machinerie ont tendance à disparaitre. "J'ai fait un tournage avec une assistante caméra féminine et personne ne s'est posé la question de savoir si elle allait pouvoir porter la caméra. On dépasse ces clichés. Il reste des rôles où on n'a pas encore atteint de parité, comme réalisateur, mais je pense que tout le monde essaie de diversifier ses équipes et de laisser le talent s'exprimer."

Parole libérée

La vague #metoo a aussi eu son effet chez nous. En fixant des limites claires d'une part. "Tout le monde a désormais conscience de ce qui est acceptable ou pas. Aujourd'hui on définit clairement ce qu'est du harcèlement moral ou sexuel. Il y a quelques années, il n'y avait pas cette conscience et c'était donc difficile de faire changer d'habitude si on ne sait pas que l'on fait quelque chose que l'on ne devrait pas."

Et en libérant la parole d'autre part. "Il y a moins de peur de parler et une plus grande écoute. Je pense qu'on a enlevé un stigme à tout ça. On culpabilise aussi de moins en moins la victime et on réagit plus rapidement sur le tournage si un problème survient. Et on n'a plus peur d'être blacklisté si on rapporte un problème sur le plateau."

Concrètement, les organes financeurs agissent de plus en plus en amont et mettent des procédures en place pour les tournages, en obligeant les producteurs à suivre des séminaires, qui établissent des bases de travail sur les plateaux de tournage et mettent en place des procédures permettant de protéger tout le monde sur les tournages. "Aujourd'hui, les personnes qui posent des soucis à la production sont repérées et font de moins en moins de films." De quoi permettre de limiter le risque de voir sévir un nouvel Harvey Wenstein.