Me Frank Discepoli a plaidé devant la cour d'assises du Hainaut, mercredi en fin de matinée. L'avocat montois représente les filles de Christian Colpin et de Colette Daully. Le premier est accusé d'avoir assassiné son épouse, le 30 juillet 2018 à Mons. "Après trois jours d'audience, je me demande si je vis bien au 21e siècle. Je me demande parfois si Colette Daully n'est pas un personnage de fiction tiré d'un roman du 19e. Mais non. Cela s'est passé près de chez nous, où il y a encore des esclaves, dont le corps et l'esprit sont soumis à un tyran. Elle a été exécutée pour avoir voulu se libérer de ses chaines. Elle méritait un peu de bonheur, elle qui avait connu la violence et les attouchements de son père, l'indifférence de sa mère", a déclaré l'avocat en début de plaidoirie.

A l'âge de seize ans, Colette pensait quitter ce monde-là en rencontrant Christian Colpin. "Elle pensait que son malheur était derrière elle. Elle voulait fonder une famille, avec une première fille née sept mois après le mariage, avec un mari aimant. Malheureusement, elle est passée d'enfant martyr a épouse esclave. Christian Colpin lui a confisqué son bonheur. Il l'a trompée durant quarante ans avec la même femme, n'hésitant pas à s'en vanter, maltraitant cette dernière."

Colette Daully a été privée de sa féminité, de toute vie sociale "au point que ses propres sœurs ne l'ont plus vue pendant trente ans, alors qu'elles étaient unies dans le malheur. Elles ne voulaient pas que leurs enfants voient comment Christian se comportait avec Colette".

L'accusé a même réussi à séparer son épouse de ses trois filles, poursuit l'avocat. "Elles ont raconté un dixième de l'horreur qu'elles ont vécue devant la cour, s'excusant de ne pas avoir pu sauver leur mère, elle qui avait longtemps fermé les yeux."

Colette Daully était une femme battue par un homme qui mettait tout sur le compte de la boisson. Pour l'avocat, tout n'est pas à mettre sur le dos de la boisson, "car il ne buvait plus depuis des mois avant le drame". Mais la violence verbale était présente chaque jour. "Il a traité sa femme comme une moins que rien, durant cinquante ans, c'est de la violence avec un grand V."

En novembre 2017, Colette a décidé de quitter le domicile familial, sa première grande décision qui lui a valu une balle dans la nuque. "Elle a été abattue comme un chien et il sait comment tuer des animaux. Dire que si elle est morte, c'est parce qu'elle l'a cherché, est une insulte ultime à la mémoire de Colette."

Pour l'avocat pénaliste, c'est bien un assassinat qui a été commis le 30 juillet 2018 dans la petite maison de la rue de la Prévoyance à Mons. L'intention d'homicide ne fait aucun doute en raison de la zone visée (la nuque) et l'arme utilisée (un pistolet semi-automatique calibre 22). L'accusé a évolué dans ses déclarations, attendant la reconstitution pour dire que l'arme ne devait pas fonctionner. L'accusé a déclaré, mercredi matin, avoir chambré son arme, "car il savait qu'elle fonctionnait", dit l'avocat. Ce dernier avoue avoir été choqué quand il a entendu l'accusé dire qu'il soupçonnait sa femme d'avoir chargé l'arme quand il était aux toilettes.

Au sujet de la préméditation, l'avocat estime "qu'elle est écrite noir sur blanc" dans un carnet rouge. L'accusé a déclaré qu'il envisageait d'envoyer Colette dans un hôpital psychiatrique, Me Discepoli n'y croit pas un instant. "Le mot n'a pas été écrit en novembre 2017 mais en juillet 2018."

Concernant l'excuse de provocation (question posée à la demande de la défense), Me Discepoli l'écarte d'un revers de la main. "Il a donc été provoqué à faire quelque chose qu'il n'a pas voulu! Juridiquement, c'est une ineptie", affirme l'avocat qui appuie son argument sur la jurisprudence et les avis rendus par la Cour de Cassation sur la question de la provocation.

"Si Colette est revenue, après l'avoir quitté, c'est parce qu'il la harcelait et parce qu'elle avait le cœur sur la main. Elle aimait aider les autres. Elle ne comptait pas revenir, il ne l'a pas supporté..."