Les plaidoiries de l'accusation et des parties civiles ne laissent planer aucun doute sur l'intention de l'auteur des coups.

L'avocat général devant la cour d'assises du Hainaut a requis la culpabilité d'Ahmed Smaili pour le meurtre de Jean-François Willems, survenu le 25 juin 2018 sur la place Léopold à Mons. Alors que la défense plaidera les coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner, l'accusation estime, comme les parties civiles, que l'intention d'homicide est établie.

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Sur le plan matériel, il n'existe aucun doute. L'accusé est en aveux d'avoir porté des coups de couteau à la victime sur la place Léopold, le 25 juin 2018. Ahmed Smaili était en possession de l'arme du crime quand il fut arrêté par la police le long du Boulevard Charles Quint. Deux coups de couteau, qui ont sectionné la veine jugulaire, sont à l'origine de la mort.

La question de l'intention est au cœur du débat. Pour l'accusation, elle est établie compte tenu de l'arme utilisée (un couteau de cuisine), la localisation des coups (tête et thorax) du nombre de coups (huit dont cinq dans des zones vitales) et la violence des coups portés, provoquant la section de plusieurs vaisseaux sanguins. "Il en a accepté les conséquences mortelles. Les coups ne pouvaient que provoquer la mort", a déclaré l'avocat général dans son réquisitoire.

L'accusé a déclaré, lundi, qu'il avait frappé la victime, les yeux fermés. L'accusation ne croit pas à cette version "car ce n'est pas la méthode la plus adéquate pour se battre". L'accusé a perdu ses lunettes et il dit que c'est avant d'avoir donné les coups. Il est myope mais capable de voir de près sans lunettes.

Faisait-il sombre le 25 juin 2018 à 23h ? L'accusation répond par la négative, les lieux étaient parfaitement éclairés. Il y a trois lampadaires autour de la scène de crime. "Il ne pouvait pas ne pas voir Jean-François Willems qui se trouvait en face de lui. De plus, la scène a été filmée."

Enfin, l'accusation estime que l'accusé n'était pas dans un état d'ivresse qui le rendait incapable de se rendre compte de ce qu'il faisait.

"Ahmed Smaili a tué Jean-François Willems par vanité"

Me Jean-Philippe Mayence a été le premier, mercredi, à se lancer dans les plaidoiries. L'avocat des parties civiles soutient qu'il s'agit d'un meurtre. Me Mayence a commencé sa plaidoirie en lisant une lettre écrite par les sœurs de la victime. Cette famille, une maman et ses quatre enfants, vit un véritable drame depuis cette tragique nuit au cours de laquelle Jean-François a été tué de huit coups de couteau, dont deux, mortels, ont été portés au niveau du cou.

"C'est fini Narcisse, il ne sera plus jamais aussi beau", a déclaré l'avocat, s'adressant à l'accusé qualifié de narcissique par les experts en santé mentale. "Les témoins de mercredi matin, avec lesquels il a travaillé en restauration, ont démontré qu'il est caractériel." Pour l'avocat pénaliste, c'est un meurtre qui a été commis le 25 juin 2018 sur la place Léopold de Mons. "Ce dossier, c'est le drame de l'altruisme. Jean-François a été éduqué avec le respect de l'autre, peu importe ses origines, et l'accusé a osé dire, durant l'enquête, qu'il avait été victime de propos raciste. Or, tous les témoins sont unanimes: Jean-François était un humaniste! "

Le jeune homme, âgé de 19 ans, a agi pour protéger une jeune femme, lassée des tentatives de séduction de l'accusé, qui était très insistant avec elle. "Que se serait-il passé si personne n'avait conseillé à cette jeune femme d'appeler ses parents? Si personne n'était intervenu pour la protéger? ", demande l'avocat. Pour lui, plus de 10 éléments tendent vers la thèse du meurtre. Il cite la personnalité de l'accusé qui est particulièrement énervé le soir des faits, la téléphonie qui démontre qu'il était fâché sur sa petite copine vers 22h, soit une heure avant les faits. "A 22h35, il écrit à sa copine, qui est à Charleroi, qu'il est prêt à frapper le premier qui entre dans le café." L'accusé est alors assis sur la terrasse du café Léopold où se trouve la victime.

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Trois minutes plus tard, Jean-François se lève et demande à la serveuse si Ahmed est bien son petit copain et qu'il l'attend. A 22h48, Jean-François discute avec un homme. Ahmed fume et tapote sur son GSM. Pour l'avocat des parties civiles, le contenu de message et la manière dont ils sont écrits démontrent que l'accusé était extrêmement lucide. Deux minutes plus tard, Smaili part et Jean-François le suit car il se dirige vers la Table Ronde où la serveuse ferme son café. Il le ramène vers le Léopold et l'invite à quitter les lieux. Ils se séparent à 22h52. Jean-François reste sur la terrasse et Ahmed se dirige vers les arrêts de bus. Il reste là et observe la terrasse alors qu'il peut se diriger vers la Fucam et rentrer chez lui.

A 22h54, Smaili revient car la serveuse est arrivée au Léopold. Jean-François va à sa rencontre et lui demande de partir. Il est même allé chercher une cigarette pour lui donner et apaiser les choses. Il tend le bras droit et lui dit de ne pas revenir. A 22h56, Ahmed traverse la rue, cigarette en main, et il arrive sur le trottoir opposé. Il ouvre sa mallette et fouille dedans. Jean-François va vers lui, Ahmed se lève après 67 secondes de recherche dans son sac. Que cherchait-il ? "Tout ce que je sais, c'est qu'il avait un couteau dans la main, un couteau qui était planté dans un morceau de pain", poursuit l'avocat.

A 23h, les comportements sont plus agités. Ahmed porte huit coups de couteau à Jean-François Willems. Il a mimé son geste devant le juge d'instruction, il a frappé un homme de sa taille à hauteur du cou. Touché, Jean-François a couru vers le café Léopold en se tenant le cou. La scène a duré 20 secondes. Aucune lésion de défense n'a été relevée sur le corps de la victime par les médecins légistes. Quant aux lunettes perdues par l'accusé, qui souffre de myopie, lors de la scène, l'avocat note qu'elles ne sont ni brisées, ni griffées, ni couvertes de sang. L'accusé a pris la fuite en courant, ayant pris soin de remettre le couteau où il l'avait trouvé, dans le morceau de pain caché dans son sac.

Pour les parties civiles, l'intention d'homicide est établie en raison de l'arme utilisée (un couteau), des zones visées (le thorax, le cou, la joue, l'oreille), le nombre de coups portés (huit dont deux mortels qui ont sectionné la veine jugulaire), la proximité, la conscience totale, la rapidté des coups, la personnalité de l'accusé ou encore l'absence de plaies de défense.