Le médecin légiste qui a procédé à l'autopsie de Patrick Candaten, mortellement roué de coups dans un immeuble à Mons en avril 2019, a témoigné devant la cour d'assises du Hainaut. Une hémorragie interne est la cause de sa mort. Les médecins légistes ont relevé plusieurs traces de coups sur le corps de la victime, la plupart au niveau de la tête et du cou. Le nez était brisé et la narine droite était éclatée, le visage était couvert de sang et d'hématomes, de plaies et d'ecchymoses. Une fracture du foie a également été mise en évidence. Selon un médecin, c'est un coup porté dans le ventre, avec une extrême violence, qui a provoqué cette lésion.

Les lésions cérébrales ont dû entraîner une perte de connaissance suivie du décès, ont conclu les médecins. L'agonie a pu durer entre dix minutes et deux heures, en fonction de la vitesse de l'écoulement du sang. L'hémorragie interne, due à la fracture du foie, a pu également, sans intervention chirurgicale urgente, provoquer le décès.

L'analyse toxicologique a démontré que la victime avait consommé une quantité importante d'alcool avant son décès: son sang contenait 3,21 grammes d'alcool par litre. Le taux d'alcool de l'accusé devait être important lui aussi, ce dernier ayant avoué avoir bu une quinzaine de bières fortes.

Le juge d'instruction et les policiers auditionnés par la cour

Le juge d'instruction et les policiers chargés de l'enquête sur la mort de Patrick Candaten. Selon l'enquête, les faits ont eu lieu le 10 avril 2019, vers 17h30. La police locale est arrivée sur les lieux, le lendemain, à 9h32. Kevin, venu rendre visite à son oncle, a retrouvé Patrick Candaten, mort dans son appartement, et a appelé les secours. Il était trop tard pour sauver la victime. Parmi les quatre locataires de l'immeuble, seul Alain Brondelet était absent.

Le laboratoire de la police judiciaire, arrivé sur place à 10h27 en raison du caractère suspect de la mort, a travaillé dans le logement de la victime, dans lequel elle a été retrouvée. La chambre était en chantier et il y avait des traces de projections de sang sur les murs, ce qui témoigne de la violence de l'agression. Près du corps, une trace de semelle ensanglantée a été retrouvée, identique à celle qui se trouvait sur une porte, à hauteur de la clenche. Parmi les quatre locataires de l'immeuble, seul Alain Brondelet manquait à l'appel ce matin-là.

A Quiévrain, où Alain Brondelet devait résider comme l'avait obligé le tribunal correctionnel de Mons, les policiers de la zone des Hauts Pays n'ont pas retrouvé Alain, mais ils sont tombés sur le neveu d'Alain et l'un de ses amis. Les deux témoins des faits, Jason et Kylian, avaient travaillé dans l'immeuble de la rue de la Petite Boucherie, la veille. Selon ces derniers, entendus séparément au même moment dans des endroits différents, Alain Brondelet avait menacé Patrick Candaten car ce dernier refusait de le payer pour les travaux effectués. Il lui reprochait aussi de ne pas assez travailler.

Selon ces témoins, plus Alain buvait, plus il devenait agressif. Il a porté des coups à la victime et a menacé les témoins qui voulaient quitter les lieux. Alain a pris de l'argent dans la poche de la victime, ainsi que sa carte bancaire, et les a données aux deux jeunes. Quand ils ont réussi à prendre la fuite, Patrick ne parlait plus. Alors qu'il était assis sur une chaise, Patrick a reçu un violent coup de pied dans la tête, ce qui l'a fait tomber.

Le 12 avril, Alain Brondelet (arrêté par la police le 11, alors qu'il revenait à la rue de la Petite Boucherie) était auditionné par la police, puis par le juge d'instruction. Il a contesté le vol de cent euros et de la pochette contenant des cartes bancaires. "Ce matin-là, j'étais face à une bagarre entre deux alcooliques, on ne parle pas encore de meurtre ni de vol. Le but était de frapper un homme qui ne travaillait pas. L'enquête a évolué ensuite", a déclaré le juge Blondiaux. Alain Brondelet est accusé d'un vol avec meurtre et il risque la perpétuité. Le juge d'instruction a demandé des devoirs d'enquête. Les traces de semelle, retrouvées dans le logement de la victime et sur une porte, correspondaient aux chaussures d'Alain Brondelet, lesquelles étaient encore couvertes de taches de sang.

Le juge a auditionné Jason et Kyllian, trois semaines plus tard, car les deux jeunes étaient extrêmement choqués par la violence de l'agression pour être entendus dans la foulée, et ils lui ont décrit l'agression, qui s'est déroulée majoritairement dans le logement de Patrick, précisant que ce dernier n'a jamais pu fuir.

Deux autres témoins, le meilleur ami de la victime et la compagne de Patrick, ont déclaré qu'il était soucieux, car il ne savait pas payer les autres. Ils ont confirmé que, ce jour-là, la victime ne faisait rien comme travaux. "Une autre femme a dit qu'Alain frappait Patrick tous les jours, de la tête aux pieds", a raconté un policier.

Une ligne du temps a été faite et il y a un trou de neuf minutes, car les deux jeunes ont fui vers la gare où ils ont été filmés à 18h07. Alain est arrivé à la gare, avec un inconnu, à 18h16. Que s'est-il passé durant ces neuf minutes durant lesquelles l'accusé est resté seul avec la victime ? On l'ignore. Toutefois, la victime n'avait plus accès à son téléphone portable pour appeler les secours. Alain l'avait donné à l'un des jeunes, lequel l'avait placé sur la cheminée. L'autopsie a révélé qu'il est mort d'une lésion cérébrale et son corps présentait de multiples lésions importantes, dont une fracture du nez.

Les déclarations d'Alain Brondelet ont évolué au fil du temps. Jeudi matin, il a déclaré qu'il avait vu rouge quand Patrick Candaten avait sorti un coup de poing américain de sa poche. Selon le juge d'instruction, Patrick n'avait plus le coup de poing américain dans sa main quand il a reçu les derniers coups.