Si les températures printanières ont poussé les citoyens à en profiter, le soleil n’était pas la seule raison qui expliquait la présence de nombreuses personnes, ce mercredi après-midi du côté de Mons. En effet, quelque 200 personnes se sont rassemblées sur la Grand-Place, et ce même si la Ville et la police de Mons n’avaient pas donné leur accord pour l’organisation de la manifestation pour les droits de tous, prévue par des étudiantes.

À l'appel des organisatrices, l'ambiance est restée plutôt calme. La police de Mons-Quévy était malgré tout présente en nombre, appuyée par des renforts. Elle craignait en effet l'intrusion de casseurs, crainte qui avait motivé la décision de ne pas autoriser la manifestation. Cela n'a pas empêché plus de 200 personnes de se rassembler, sans créer d'esclandres.

Les profils des manifestants étaient variés, mais liés par un même ras-le-bol des mesures sanitaires. "Ça faisait longtemps que j'attendais une action pour pouvoir y participer. Nous devions être plus nombreux, mais vu l'interdiction, nous ne sommes que deux", nous explique une éducatrice spécialisée venue avec une amie infirmière. "Nous protestons, car pour nous, l'État tue plus que le covid. Nous avons l'impression que les responsables vivent dans une tour d'ivoire et ne se rendent pas compte des dégâts causés par leurs mesures. Il y a de véritables drames familiaux derrière toutes ces fermetures, des gens qui ont perdu toutes les économies d'une vie. Les primes ne sont pas suffisantes et tout cet argent aurait pu être utilisé pour renforcer les hôpitaux plutôt que de nous empêcher de vivre."

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Si certains critiquent la gestion de la crise, d'autres remettent en question la crise elle-même. "Je suis enseignante et nous avons trois enfants dans les trois niveaux d'enseignement. On nous dit que c'est l'hécatombe dans les écoles, mais ce n'est pas ce que nous avons constaté. On en fait trop avec le covid", s'insurge cette mère de famille qui habite la région de Mons et qui a déjà participé à plusieurs rassemblements contre les mesures covid à Bruxelles. "On ne sait pas si toutes les informations que nous recevons dans les médias sont correctes ou pas", embraie son mari. "On avait par exemple accusé les gilets jaunes d'avoir attaqué un hôpital à Paris, puis on s'est rendu compte que ce n'était pas vrai grâce à des images filmées par des gens sur place."

De Washington à Pékin en passant par Moscou ou Bruxelles, le coronavirus est une réalité. Elle a été décrite et documentée par des experts aux quatre coins du monde. Le risque de saturation des hôpitaux n'est pas non plus une chimère. On se souvient du désastreux week-end pascal de l'an dernier et de ses témoignages glaçants. Mais il est clair qu'après une année de pandémie, les failles dans la gestion de la crise ou même dans sa couverture médiatique, reconnaissons-le, ont creusé un fossé avec une part manifestement grandissante de la population.

Mercredi à Mons, les réactions étaient diverses devant le rassemblement. Pour certains, les manifestants ont joué avec le feu et leur comportement irresponsable nous éloignerait d'une sortie de la crise. On était en effet loin du rassemblement statique de maximum 50 personnes avec les distanciations requises. Mais pour d'autres, les manifestants ont eu raison de braver l'interdit pour dénoncer des mesures devenues invivables. "Je ne sais pas si ce genre d'action fera bouger les choses, mais je ne voulais pas rester chez moi à me plaindre. Je voulais faire quelque chose de positif en participant à la manifestation. C'est maintenant qu'il faut se bouger, après il sera trop tard", explique une manifestante. Le Premier ministre De Croo comptait sur une équipe de onze millions pour vaincre le coronavirus. Mais l'adhésion nécessaire semble s'étioler de plus en plus…

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