Après 16 mois de crise, la Belgique tient enfin son gouvernement fédéral. À l'autre bout des niveaux de pouvoir, la nouvelle est bien accueillie. "C'était difficile de continuer sans. Dans un pays, il faut un gouvernement. Même si je ne suis pas de leur parti, il faut saluer le travail de Paul Magnette et d'Alexander De Croo qui ont réussi à débloquer la situation. J'ai d'ailleurs envoyé un SMS à Paul pour lui dire bravo pour le job", réagit Carlo Di Antonio, bourgmestre de Dour (CDH).

Nicolas Martin (PS) est également un bourgmestre soulagé. "C'était indispensable de pouvoir atterrir. Mais cette crise pose tout de même question sur le fonctionnement de notre pays. Devoir attendre plus d'un an pour former un gouvernement devient un phénomène récurent", souligne le bourgmestre de Mons. "Je suis par ailleurs satisfait de cet accord fédéral. Le PS a pu obtenir de belles avancées pour les soins de santé, la sécurité sociale, les pensions ou la revalorisation de minima sociaux."

Alors que le CDH ne fait pas partie du casting, Carlo Di Antonio est évidemment moins enthousiaste sur l'accord de gouvernement. "Quand on lit l'accord, c'est Noël avant l'heure. Mais quand on les écoute, ils ne disent pas tous la même chose. Il va y avoir des moyens supplémentaires pour les pensions, le climat, la santé, les hôpitaux ou encore la justice. Et on ne va pas toucher aux impôts. Pour avoir une certaine expérience du gouvernement, il doit y avoir des non-dits là-dessous."

Une chose est sûre, des moyens importants sont annoncés pour la justice. Ce qui réjouit Maxime Daye (MR). "À Braine par exemple, la police Haute Senne fait son job, mais ça ne suit pas toujours au niveau judiciaire. Si bien que parfois, le policier ou même la victime retrouve l'auteur d'un crime le lendemain dans la rue! Les moyens supplémentaires dégagés tout comme le système étendu de comparution immédiate sont donc de bonnes nouvelles."

Le bourgmestre de Braine n'est par ailleurs pas mécontent de la présence d'Ecolo dans ce gouvernement fédéral et salue les objectifs affichés en matière de transition durable. "Ça rejoint ce que nous mettons en place à Braine. Même si nous sommes très dépendants de la Région sur ces dossiers, on peut espérer que le fédéral apporte un souffle supplémentaire", confie Maxime Daye.

Mais pour Carlo Di Antonio justement, le climat est l'élément le moins crédible de l'accord. "On dit tout et son contraire sur le climat. On compte réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 en sortant du nucléaire. Je ne vois pas comment ils comptent y arriver, à moins de considérer que le CO2 qui vient d'Allemagne ou de France ne compte pas. Concrètement, il faudrait diviser par deux le nombre de voitures! Les Ecolos sont contents, ils ont obtenu les phrases auxquelles ils tiennent, mais on est dans des incantations."

Notons enfin que lors de la précédente mandature, le bourgmestre de Mons n'hésitait pas à tacler le gouvernement fédéral, accusé de ne pas tenir ses responsabilités par rapport aux communes, notamment dans le financement des zones de secours ou des polices locales. "Il y a des engagements qui sont pris pour les zones de secours. On annonce aussi le recrutement de 1600 policiers supplémentaires et des moyens plus importants pour la justice avec une volonté de pouvoir sanctionner plus rapidement toute une série de délits. C'est très important pour lutter contre le sentiment d'impunité qui s'est développé à cause d'un désinvestissement de la justice. Des efforts importants en matière de sécurité donc. Et je pense que c'est une valeur de gauche que de soutenir de tels investissements, car on parle de fonctions régaliennes qui ne doivent pas être privatisées."