À cette période-ci de l'année, elles surfent allégrement sur la vague des lasts minutes. Mais cet été, les agences de voyages piquent du nez. Comme la plupart des secteurs, elles ont évidemment été impactées par le confinement. La première vague derrière nous, elles espéraient pouvoir reprendre des couleurs. Le rebond de l'épidémie leur a coupé les ailes. Des couleurs, il y en a. Mais elles font perdre la tête des opérateurs et de leurs clients.

"Notre plus gros problème aujourd'hui, c'est la confusion", souffle Hedy Hafsia qui tient plusieurs agences dans le Brabant et dans le Hainaut, dont une à Saint-Ghislain. "On dirait que certains ont découvert les livres de coloriage, mais ne savent pas encore colorier. Si bien que les consignes sont déroutantes. On nous parle de la région du Nord-pas-De-Calais qui n'existe plus. Nous avons la Suisse qui passe du rouge au vert en moins de 24 heures. Et ainsi de suite. C'est très difficile de travailler dans ces conditions."

Pourtant, du travail, il y en a dans les agences. Mais il est loin d'être rémunérateur. "Imaginons que je sois assureur. C'est comme si tous mes clients avaient des sinistres, mais que je ne passais plus aucune assurance", poursuit. "Entre les reports et les annulations, nous avons énormément de démarches à remplir et on ne peut pas abandonner notre clientèle à son sort. Nous sommes donc dans une situation où il y a beaucoup plus de travail, mais beaucoup moins de rentrées."

Même son de cloche du côté de cette agence de La Louvière. "J'ai par exemple une famille qui voulait partir en Grèce. Elle a programmé, puis reporté son voyage à quatre reprises. J'ai donc dû faire quatre fois le même travail", explique Pascal Noël. "Les vacances d'été commencent généralement à se préparer au mois de novembre. L'année avait très bien commencé pour moi, j'avais une progression à deux chiffres. Mais à présent, il n'y a pratiquement plus rien. J'ai les reins assez solides pour tenir un moment. Le problème, c'est qu'on ne sait pas quand nous allons pouvoir reprendre. Le ministre Ducarme est passé me voir il y a deux semaines. Il m'a tout de suite demandé si j'étais au courant des aides disponibles. Je l'étais évidemment. Mais ce dont j'ai surtout besoin, c'est d'être rassuré. Notre rôle, c'est de donner la bonne information à nos clients. Or c'est très difficile pour le moment, on ne sait pas se projeter."

Le climat de psychose n'arrange rien. "Je ne tiens pas à minimiser la gravité du coronavirus. Mais nous prenons toutes les mesures nécessaires pour travailler en toute sécurité. Et honnêtement, il n'y a pas plus de danger à se promener en montage dans un pays pas plus touché que la Belgique, que d'aller faire ses courses aux Grands Prés. On sent cependant qu'un climat de peur s'installe", conclut Hedy Hafsia qui ne sait pas non plus quand son travail pourra retrouver sa vitesse de croisière.