Les festivals pourront-ils avoir lieu cet été? Du côté des organisateurs, on attend toujours une décision des autorités. Ce genre d'événement n'étant pas mis sur pied quelques semaines à l'avance, une échéance avait été fixée à la mi-mars, puis reportée à début avril. À présent, la Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles (FFMWB) fixe l'ultimatum au 15 de ce mois. Passé ce délai, il ne sera plus possible de se retourner.

L'équipe de Couleur Café, elle, a déjà jeté l'éponge. Sans surprise pour les organisateurs de notre région. "Ils font partie de la fédération et ils nous avaient avertis. On s'en doutait, c'est un gros festival qui tombe au mois de juin, ça devenait compliqué pour eux", réagit Damien Dufrasne du Dour Festival.

Cette annulation en présage-t-elle d'autres chez nous? Les organisateurs ne se bercent plus d'illusions. "On hésite déjà à rouvrir les restaurants au mois de mai, nous nous doutons bien qu'il est difficile d'imaginer de rassembler 50.000 personnes pour un festival dans deux mois", commente Jean-François Guillin du Ronquières Festival. "On entend de plus en plus que ça semble compromis, mais il n'y a encore aucune décision qui a été prise. Or, nous sommes sollicités de toutes parts, que ce soit les fournisseurs ou les artistes. Nous espérons un retour cette semaine sur les protocoles que le secteur événementiel a proposés."

Les chances de voir débarquer les festivaliers en masse au pied du Plan incliné ou sous les spots de l'Elektropedia semblent effectivement compromises. De là à tirer un trait sur tout événement durant l'été… "On demande une décision pour les festivals et surtout, des perspectives", poursuit Damien Dufrasne. "Nous n'avons pas besoin d'entendre qu'on pourra automatiquement organiser un événement avec 500 personnes à partir du mois de juin. Mais nous souhaitons, comme nos protocoles le proposent, pouvoir nous projeter sur différents scénarios possibles en fonction de plusieurs paramètres à ce moment-là comme le nombre d'hospitalisations ou l'occupation des lits en soins intensifs."

Hélas pour nos organisateurs, c'est silence radio pour le moment. Idem pour les aides qui ont été demandées il y a deux mois. La FFMWB demandait notamment de s'inspirer de la Flandre où un fonds de garantie a été mis sur pied. "Tomorrowland a pu annoncer un report à septembre, car ils peuvent s'y préparer. Si le festival est annulé, ce fonds de garantie permettra d'éponger les frais engagés", souligne Jean-François Guillin. "Chez nous, c'est beaucoup plus compliqué. On travaille sans filet."

Une débâcle financière pourrait avoir des conséquences fâcheuses. Les espoirs des festivaliers vont se tourner vers l'été 2022, en gageant que le coronavirus aura été éradiqué d'ici là. Mais certains organisateurs pourraient manquer les retrouvailles s'ils ont bu la tasse entretemps. "Un festival, ça se prépare pendant un an avec toute une équipe. Si on se dirige vers une deuxième année sans rien, il faudra pouvoir assumer les salaires pour la prochaine édition. Ça devient compliqué pour certains. L'année passée, il y avait une enveloppe de 1,7 million d'euros pour indemniser les festivals de musique. Ici, on parle d'un million pour tous les festivals, toutes disciplines confondues. Il n'y a pas de raison que cet argent vienne uniquement de la ministre de la Culture. Le Dour Festival par exemple, c'est 15 millions de chiffre d'affaires. On paie des impôts, on salarie du monde, on représente beaucoup de choses. Il faudra du soutien", conclut Damien Dufrasne.