Tous les commerçants n'ont pas réagi de la même façon aux dernières mesures du comité de concertation. Théoriquement, les magasins non essentiels ne sont pas contraints à la fermeture. Ils peuvent toujours proposer un service click-and-collect et recevoir des clients sur rendez-vous.

Pour certains, ces conditions équivalent à un lockdown non avoué: rester ouvert avec de telles contraintes engage trop de frais par rapport aux possibles bénéfices, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Ainsi, dans le piétonnier de Mons, quelques rideaux de devanture restent drastiquement fermés.

D'autres commerçants ont décidé de rester ouverts malgré tout, avec une situation qui frise parfois l'absurde. "Dans la première partie de mon magasin, je vends des savons et d'autres produits cosmétiques considérés comme essentiels. Mais quand vous montez deux marches, on se retrouve avec des bougies et des huiles que je ne peux pas vendre, sauf sur rendez-vous. C'est une situation assez particulière", confesse Joseph.

Ce commerçant a ouvert un magasin à La Louvière l'an dernier, juste avant le lockdown. Il en a ouvert un second à Mons cet automne pour connaître un nouveau confinement. Malgré tout, Joseph essaie de rester philosophe. "Le principal, c'est la santé et la famille. Je ne me laisse pas abattre. J'ai été prudent avant de me lancer. En louant pas trop cher et en m'autofinançant, j'arrive à tenir le coup. Il faut bien. J'ai cependant refusé les propositions de l'État de reporter les charges. Ça ne pourra qu'amonceler les problèmes. Ceux qui ont saisi cette perche vont recevoir la cartouche dans quelques mois et vont avoir beaucoup de mal. Il risque d'y avoir des faillites. Je crains que le déconfinement fasse encore plus souffrir que le confinement."

Dans cet autre magasin de vêtements, on a aussi décidé de continuer à travailler. Mais on s'inquiète des dernières déclarations du ministre Clarinval qui a annoncé que les commerçants restant ouverts sur rendez-vous ne bénéficieraient pas du double droit passerelle. "On s'est dit que nous n'avions pas trop le choix de rester ouverts, mais on accuse le coup", nous explique cette gérante montoise. "L'activité tourne au ralenti. Nous avons donc très mal réagi aux déclarations du ministre. On a l'impression de toucher le fond. Les aides que nous recevons ne sont déjà pas énormes. Personnellement, quand j'ai payé mon loyer, il ne reste plus grand-chose."

Pour les commerçants que nous avons rencontrés dans le piétonnier montois, fermer complètement serait tout de même un choix difficile à assumer. "Financièrement, ça ne nous avance pas. Mais il y a l'impact psychologique. Nous sommes en crise depuis un an, je n'ai pas envie de tourner en rond chez moi", nous glisse-t-on dans cet autre magasin.

Le piétonnier n'est donc pas à l'arrêt comme l'an dernier. Et certains en profitent, à l'instar de cette mère de famille qui fait son shopping avec sa petite fille privée d'école. "J'avais quelques courses à faire et on profite du soleil. C'est encore possible de faire son shopping en centre-ville. J'avais réservé plusieurs heures à l'avance, de chez moi, pour me rendre à Primark. Je viens de passer devant un autre magasin où j'ai pris rendez-vous sur place. Je peux repasser dans dix minutes. Il y a encore pas mal de boutiques ouvertes et ce n'est pas trop compliqué d'y accéder."