Ils visiteront la Maison d'Izieu, théâtre d'une rafle en 44. Et poseront sans doute les premiers Pavés de Mémoire de Mons.

L'année 2020 marque le 75e anniversaire de la libération des camps nazis. Pour les élèves de rhéto de l'Athénée royal de Mons, cette commémoration prend une dimension particulière. Mardi, ils accueillaient d'autres étudiants venus d'écoles bruxelloises. Cette rencontre s'inscrit dans un projet pédagogique qui les conduira, en avril, à visiter la Maison d'Izieu. Ce mémorial près de Lyon est dédié aux 44 enfants juifs, dont 10 Belges, envoyés vers les camps de la mort sur les ordres de Klaus Barbie en 1944.

"Nous organisions déjà des visites pour les écoles françaises de Bruxelles, mais nous voulions étendre le projet", explique Bertrand Wert de la Maison d'Izieu. "C'est la première fois que nous travaillons de la sorte avec des établissements qui ont des profils différents, c'est très enrichissant. Les élèves travaillent déjà en amont, notamment à travers la rencontre d'aujourd'hui. Il y en aura dans chaque école jusqu'au voyage à la Maison d'Izieu qui va leur permettre de mieux comprendre ce qui est arrivé aux 44 enfants. Au-delà de cette expérience personnelle, il y a aussi un travail sur l'Histoire, l'antisémitisme et le racisme qui peut renvoyer à d'autres thématiques. Il y a par exemple un atelier sur le génocide des Tutsis. Cette démarche permet aussi de comprendre des choses qui se passent aujourd'hui. Je pense par exemple à la question des réfugiés. Les enfants d'Izieu étaient planqués, avec de faux papiers, et avaient été menés par des passeurs."

Françoise Colinia, préfète de l'Athénée royal, a eu l'idée d'inscrire l'école montoise dans ce projet. "Je suis revenue bouleversée d'un voyage à Jérusalem. En tant que préfète et conseillère communale, je me suis dit que je devais faire quelque chose", explique Françoise Colinia. "J'en ai parlé à l'enseignante chargée d'Histoire au sein de l'Athénée et le projet de la Maison d'Izieu s'est mis en place en mobilisant avec beaucoup d'enthousiasme d'autres professeurs de français, d'anglais ou encore de philosophie."

Des Pavés de Mémoire à Mons?

L'Athénée royal mène parallèlement un autre projet avec les Pavés de Mémoire. Lancé dans les années 90 par un artiste berlinois, ce projet consiste à poser un pavé en laiton devant le dernier domicile des victimes du nazisme. Plusieurs milliers de Pavés de Mémoire ont ainsi été déjà posés, en Allemagne ainsi que dans d'autres pays européens. En Belgique, on en trouve à Bruxelles et Anvers. Bientôt à Mons? "Avec les élèves de 5e et 6e, nous avons commencé des recherches dans les archives montoises pour retrouver la trace des familles juives qui, dans le Mons intramuros, ont été arrêtées et déportées vers les camps d'extermination", poursuit Françoise Colinia. "J'ai déjà un accord de principe avec le bourgmestre Nicolas Martin. Quand les recherches seront plus avancées, nous pourrons concrétiser le projet des Pavés de Mémoire à Mons. Ce serait une première."

Brice fait partie des élèves qui épluchent les archives montoises et qui visiteront la Maison d'Izieu en avril. Ce mercredi, il présentait devant sa classe un exposé sur le traitement de la communauté juive au Danemark durant la Seconde Guerre mondiale. "J'avais déjà entendu parler de la Shoah évidemment, mais ça m'a permis d'apprendre de nouvelles choses", explique l'élève de rhéto. "Le projet des Pavés de Mémoire est aussi très intéressant, d'autant plus que je veux poursuivre mes études en Histoire. J'ai l'occasion d'effectuer des recherches avec l'aide de professionnels. C'est très enrichissant."

Nos élèves montois effectueront encore d'autres rencontres au sein des écoles partenaires avant leur voyage à Izieu en avril. Une expérience qui devrait certainement laisser des marques chez ces adultes de demain.