Cette fois, c'est la bonne. Reporté à plusieurs reprises, le chantier de démolition du Passenger d'Arne Quinze a commencé ce lundi matin à Mons. Deux pelleteuses un brin xylophages se sont attaquées à l'œuvre monumentale qui a trôné durant près de six ans à la rue de Nimy.

Ce matin, alors que le Passenger rendait les armes, des passants s'arrêtaient pour observer le spectacle. L'œuvre aura laissé des avis contrastés. "C'était moche et ça a coûté cher. Je ne vais pas le regretter", souffle cette passante en coup de vent. Pour ce couple qui habite à deux rues du Passenger, sa disparition va laisser un grand vide. "On avait des doutes au départ, mais on trouve finalement que ça donnait bien. C'était aussi une belle attraction pour les touristes. Notre plus grand regret, c'est qu'il ne va pas rester une œuvre monumentale pour nous rappeler de Mons 2015. L'Atomium par exemple, inauguré pour l'exposition universelle de 1958, ne devait pas rester. C'est pourtant devenu un symbole de Bruxelles. J'imagine que c'était plus compliqué de durer avec cette structure en bois. Elle avait d'ailleurs déjà perdu ses couleurs."

De fait, le Passenger a été conçu dès le départ comme une œuvre éphémère. Trop éphémère même pour sa première version qui s'était effondrée en décembre 2014, un mois avant le lancement de Mons 2015. Arne Quinze avait alors construit un Passenger bis qui avait été inauguré quelques mois plus tard. À ses frais. Le prix de l'œuvre, estimé aux alentours de 400.000 euros, avait déjà fait grincer quelques dents dans la Cité du Doudou. Beaucoup trop cher pour certains qui auraient préféré voir cet argent investi pour les artistes locaux. Mais pour les responsables montois, cette œuvre monumentale d'un artiste mondialement reconnu devait jouer le rôle de locomotive. Elle allait attirer les visiteurs et leur permettre ensuite de découvrir les talents locaux, mis en lumière à travers des projets comme le Grand Huit. Et des visiteurs, il y en a eu pour Mons 2015. Plus de deux millions selon les chiffres officiels.

Pour cette avocate qui prend sa pause devant le palais de justice en observant à peine le spectacle de la démolition, le Passenger ne va pas manquer. "Nous allons retrouver de la lumière dans le palais. On s'était rendu compte de l'ombre que ça portait lorsque la première structure s'était effondrée. Donc, pas de grand regret de mon côté. À part peut-être pour les grands blocs de béton qui fixaient les pieds. On avait pris l'habitude de s'y asseoir. Ce serait bien qu'on installe des bancs à la place et qu'on prenne soin des arbres qui sont censés pousser."

Laisser un vide qui invite à se réapproprier l'espace public, c'est justement l'un des objectifs d'Arne Quinze. Il n'était pas présent à Mons ce lundi matin. Mais il nous a confié ses impressions sur le démontage du Passenger. "Je ne garde que les bons souvenirs comme le travail avec l'équipe de montage ou l'accueil des Montois", réagit Arne Quinze. "Ça fait un petit pincement au cœur. Mais le vide que ça va laisser est aussi important que l'œuvre elle-même. J'espère qu'il va inciter les gens à réfléchir à comment aménager l'espace public. Il n'y avait rien à cet endroit quand on a créé le Passenger. Ça va se voir encore plus maintenant."

Si le Passenger tire sa révérence, Arne Quinze, lui, n'en a pas fini avec Mons. Le BAM lui consacre une exposition du 29 mai au 29 août. "Ce sera la première grande rétrospective de mon travail qui s'étend sur plus de 25 ans. Pour la préparer, nous avons un peu redécouvert tout ce que nous avions fait dans le monde. C'était curieux de voyager dans moi-même. Il y aura des maquettes, des études, des peintures. Mais aussi trois grandes sculptures en aluminium sur la Grand-Place."