C'est lundi que s'ouvrira au tribunal de première instance de Mons le procès de l'affaire Mawda. Le collectif qui demande justice pour cette enfant kurde tuée par un tir policier avait prévu d'organiser une grande manifestation la veille, dans la Cité du Doudou. Les règles sanitaires ont eu raison du rassemblement, mais pas de la mobilisation qui s'organise virtuellement.

Vendredi et samedi, des ateliers et des conférences en ligne sont ainsi prévus autour de la migration, des droits de l'enfant ou encore des violences policières. Le collectif peut également compter sur les messages de soutien qui se multiplient sur les réseaux sociaux. Le cinéaste Ken Loach, Roger Waters de Pink Floyd ou encore le célèbre linguiste Noam Chomsky se sont ainsi exprimés afin de réclamer justice pour Mawda. Enfin, dimanche, une manifestation virtuelle sera organisée.

" Nous ne voulions pas prendre le risque d'organiser un rassemblement physique. Mais dimanche, nous inviterons tout le monde à occuper les réseaux sociaux avec une image ou un message de soutien pour Mawda entre 14 et 16 heures ", nous précise Valérie Cardinal, du collectif Justice pour Mawda. " Cette mobilisation est importante pour nous. Car au-delà des trois personnes qui se retrouveront sur le banc des accusés, c'est toute une politique migratoire que nous voulons remettre en cause. "

Les deux passeurs et le policier qui a ouvert le feu sur l'autoroute E42 durant cette tragique nuit du 16 mai doivent en effet rendre des comptes devant la justice. Mais pour le collectif et l'avocate des parents de Mawda, l'affaire dépasse largement le fait divers, aussi sordide soit-il. Ils rappellent en effet que le drame est survenu dans le cadre d'une opération Médusa visant à pourchasser les transmigrants pour démanteler les réseaux de passeurs.

" C'est parce qu'il y avait tout ce contexte que le policier a ouvert le feu ", souligne Selma Benkhalifa, avocate des parents de Mawda. " Il y a donc d'autres responsabilités qui doivent être mises en lumière, c'est toute la politique de migration qu'il faut pouvoir interroger. Or, jusqu'à maintenant, on nous a systématiquement refusé toute commission d'enquête parlementaire en renvoyant la balle aux tribunaux. Mais la justice explique à juste titre que ce n'est pas son rôle de juger la politique migratoire. Le gouvernement renvoie en fait la balle à quelqu'un qui ne peut pas la recevoir. "

Le collectif Justice pour Mawda craint que les autorités essaient de noyer le poisson. Il est donc bien décidé à remuer la Toile ce week-end pour que cette triste affaire ne se limite pas aux procès des deux passeurs et du policier.