Ils étaient quelques-uns ce jeudi après-midi devant le palais de justice de Mons pour soutenir Jean Mansy. Le jeune homme, sans abri, est poursuivi pour menaces de mort contre un policier. Mais certains estiment que Jean est la victime dans cette affaire.

En effet, le 14 juillet 2019, Jean essuie une première altercation avec deux agents de la police de Mons-Quévy. Le ton monte, mais les choses ne vont pas plus loin. Elles se corsent cependant un peu plus tard. Selon Jean, les deux policiers le retrouvent dans une autre rue de la Cité du Doudou et le passent à tabac. Malek, le border collie qui accompagne le sans-abri, reçoit aussi des coups. Le malheureux chien perd la vie quelques semaines plus tard.

Les blessures de Jean sont constatées par un médecin, mais c'est surtout la perte de son Malek, qui l'accompagnait depuis sept ans, qui le révolte. Le jeune homme décide alors de porter plainte, sans succès. "Je me suis présenté six fois, on m'a remballé à chaque fois", explique le jeune homme. Jean écrit alors un message sur la page Facebook de la police de Mons-Quévy et s'en prend vertement à l'un des policiers qui l'a agressé, un inspecteur qu'il connait bien et qu'il accuse de violenter régulièrement les SDF. C'est ce message qui vaut à Jean de passer devant le tribunal correctionnel de Mons ce jeudi. "Ca va péter si ce fils de *** reste", "C'est une m*** qui empuante ses collègues", "Je crie pour que tu crèves, et je vais pas faire que crier". Une plainte a été déposée pour menaces de mort et outrage.

Mais pour les personnes venues soutenir Jean devant le palais de justice, ces propos balancés sur les réseaux sociaux témoignaient d'une émotion vive, nullement d'une intention de passer à l'acte. Surtout, ils estiment que les propos doivent être replacés dans leur contexte. Une représentante de l'Observatoire des Violences policières et de la Ligue des droits humains était d'ailleurs présente devant le tribunal. Et elle estime que le cas de Jean est malheureusement symptomatique.

"C'est déjà difficile en temps normal de porter plainte pour des violences policières, mais c'est pratiquement impossible quand on vit dans une extrême précarité comme Jean", souligne Julie Galaski. "Il y a un déni politique des violences policières. Nous plaidons pour qu'il y ait un système de plainte qui soit indépendant, efficace et accessible. Il faut un contrôle démocratique de la police. Dans le cas de Jean, il y a toute une série de règles de base qui n'ont pas été respectées."

Depuis que l'affaire a été portée en justice, Jean a pu introduire une plainte. Les devoirs d'enquête sont toujours en cours de ce côté-là. Loin d'être un banal fait divers, le procès de Jean interroge sur la condition et les droits des sans-abris, mais aussi sur le fonctionnement de la police, celui de la justice et les conditions de travail des policiers.